Le Kirghizistan votait dimanche lors de législatives anticipées censées, selon les autorités, stabiliser le pays, alors que les mouvements d'opposition dénoncent des falsifications électorales en faveur du parti du pouvoir, Ak-Jol.
A 09H00 GMT (10h00, heure belge), cinq heures avant la fermeture des bureaux de vote, la participation atteignait 49%, proche de la barre des 50% nécessaire à la validation du scrutin. "Je suis sûr que le nouveau Parlement sera de meilleure qualité que le précédent", a déclaré Kourmanbek Bakiev, le président de cette ex-république soviétique d'Asie centrale de 5,3 millions d'habitants, en votant à Bichkek, la capitale. Ce scrutin, où 90 sièges de députés sont en jeu, a été convoqué après une réforme constitutionnelle en octobre et vise, selon le pouvoir, à mettre fin à près de trois ans de conflit entre la présidence et le Parlement, ponctué par plusieurs vagues de manifestations.
Douze partis sont en lice pour cette élection que l'opposition affronte divisée, tandis que l'essentiel des forces pro-présidentielles ont été réunies dans Ak-Jol. Les détracteurs du chef de l'Etat, qui ont dénoncé durant la campagne des violences contre leurs partisans, ont dit avoir constaté de nombreuses fraudes dimanche. Le mouvement socialiste Ata-Meken a notamment accusé le parti du pouvoir d'acheter des voix d'électeurs et d'organiser des votes multiples. L'un des dirigeants d'Ak-Jol s'est lui risqué à un pronostic, estimant que la formation présidentielle pourrait bien rafler tous les sièges du Parlement. "Il est trop tôt pour dire qui va gagner, mais je ne vais pas vous cacher que c'est possible qu'on aura un Parlement avec un parti unique", déclarait à la radio kirghize, Adakhan Madoumarov, l'un des plus proches conseillers du président.
Le parti social-démocrate n'avait pour sa part pas de mots assez durs pour critiquer l'élimination, à quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote, de leur tête de liste, Omourbek Babanov, soudainement accusé d'être kazakh et non kirghiz. "Malheureusement, il y a énormément de saletés et d'intrigues lors de ces élections", a déclaré Almaz Atambaïev, chef du PSDK et ex-Premier ministre, limogé sans explication fin novembre. "Notre parti est apparemment devenu trop puissant pour certains qui ont pris peur", a-t-il ajouté, visant la présidence.
Le PSDK a ainsi vu deux de ses chefs exclus du vote en quinze jours. Ce parti est pourtant réputé modéré dans son opposition au pouvoir, Almaz Atambaïev ayant accepté en mars de devenir Premier ministre afin de mettre un terme à des manifestations contre M. Bakiev. L'opposition critique aussi le caractère restrictif des seuils électoraux, car, pour obtenir des sièges de députés, chaque parti doit réunir les voix de 5% des inscrits, et 13.500 votes dans chacune des neuf régions, ce qui représente par endroits plus de 10% de l'électorat. Raya Samatova, une femme d'affaires au Kirghizistan craint dès lors la victoire du pouvoir en place: "J'en ai marre de ce Bakiev et de ses promesses. Trois ans qu'il est au pouvoir et les choses sont de pire en pire".
Le Kirghizistan est l'un des pays les plus démunis de l'ex-URSS, environ 40% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Ces élections sont les premières législatives depuis celles, falsifiées, qui provoquèrent une révolution en mars 2005, portant Kourmanbek Bakiev au pouvoir. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a dépêché 270 observateurs électoraux au Kirghizistan, un pays où s'enchaînent les crises politiques mais réputé plus démocratique que ses voisins, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan. "J'ai voté pour Ak-Jol, j'en ai marre de l'instabilité dans le pays", résumait Nelia Tcherniavskaïa, médecin à Bichkek. (belga)


