L'ex-convoyeur de fonds Toni Musulin, entendu pour la première fois jeudi en public, a demandé à être libéré pour "retourner travailler" tout en niant avoir emporté 2,5 millions d'euros, alors que l'instruction a été close après dix semaines d'enquête pour un procès attendu dans quatre mois.
"Je demande la liberté pour pouvoir aller travailler," a déclaré Toni Musulin, 39 ans, ancien convoyeur de fonds, soupçonné d'avoir dérobé 11,6 millions d'euros à Lyon le 5 novembre 2009 en faussant compagnie à ses collègues au volant de son fourgon blindé. Il était convoqué devant la Chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Lyon, après un pourvoi en appel contre le rejet de sa demande de liberté le 13 janvier.
"Je me suis rendu, j'ai l'intention d'être présent à mon procès", a plaidé Toni Musulin, qui s'est présenté à l'audience tête basse, avec une barbe poivre et sel fournie et un bonnet noir enfoncé jusqu'au bas du front. La décision a été mise en délibéré au mardi 2 février.
Le juge Dominique Brault a indiqué aux parties avoir clos son instruction, après seulement dix semaines d'enquête. Il renonce ainsi à retrouver les 2,5 millions d'euros toujours manquants que Musulin nie avoir emportés. L'accusé reconnaît avoir volé le fourgon et les 9,5 millions d'euros retrouvés dans un box loué à son nom, mais les enquêteurs le soupçonnent d'avoir emporté le reste du butin en moto lors de sa cavale qui a duré 11 jours et au cours de laquelle il a séjourné en Italie, notamment à Naples.
"Impossible de mettre 2,5 millions d'euros dans une moto"
Jeudi, il a contesté à l'audience être parti avec cet argent. "Dans un top case (NDLR, coffre de moto), vous ne pouvez pas mettre 2,5 millions d'euros. Vous ne vous rendez pas compte", a-t-il lancé.
Toni Musulin, qui s'est livré le 16 novembre 2009 à la Sûreté de Monaco, demandant à être remis aux autorités françaises, a été retrouvé en possession d'un billet de train Naples-Milan du 15 novembre 2009, d'un téléphone portable sans puce et d'un GPS sans carte mémoire. Ses avocats ont annoncé qu'ils allaient demander l'annulation de sa reddition, rappelant que le procureur de Nice Eric de Montgolfier l'avait qualifiée d'"extradition déguisée".
"L'arrestation et la détention de Toni Musulin sont illégales", a estimé Maître Hervé Banbanaste, ajoutant que "si on avait respecté les conventions internationales qui lient la France et Monaco, ça ne se serait pas passé de la même façon".
L'instruction close, le procès pourrait s'ouvrir mi-mai: le juge d'instruction cherchera probablement à rendre une ordonnance de renvoi avant le 17 mars car, à cette date-là, Toni Musulin devra être libéré, à moins qu'il ne soit auparavant renvoyé devant le tribunal correctionnel.
Sa période de détention provisoire pourrait dans ce cas être prolongée de deux mois, dans l'attente du procès. "L'instruction est close car c'est une question de délai", a déploré Me Banbanaste. "Ca n'intéresse plus personne ce que sont devenus les 2,5 millions. On veut juger Toni Musulin détenu, à tout prix et par n'importe quel moyen", a-t-il ajouté.
De la muscu en prison
En attendant, le plus célèbre convoyeur de France "fait de la musculation en prison", selon son autre avocat, Maître Cottet-Bretonnier. "Il est combatif, il ne se laisse pas aller", assure ce dernier. (afp)


