Issue suisse pour les ex détenus ouïghours de Guantanamo

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Par: rédaction
3/02/10 - 15h44

La Suisse a décidé d'accueillir "à titre humanitaire" deux détenus ouïghours de Guantanamo, a annoncé mercredi le gouvernement helvétique, défiant ainsi les pressions de Pékin qui réclame leur retour sur le territoire chinois.

Pressions
La décision a été annoncée par la ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion hebdomadaire du gouvernement. Le canton suisse du Jura avait confirmé mardi son intention d'accueillir sur son sol deux frères ouïghours de nationalité chinoise détenus à Guantanamo mais la décision finale revenait au gouvernement central. Pékin a averti la Suisse que l'accueil de ces deux détenus de Guantanamo pourrait porter "atteinte" aux relations entre les deux pays.

Pour Pékin, "les terroristes présumés de nationalité chinoise, quelles que soient leurs ethnies, doivent être rapatriés en Chine". Dans un communiqué, le gouvernement suisse a souligné que la décision d'accueillir les deux Ouïghours avait été prise pour "contribuer à la fermeture du camp américain de Guantanamo". "Nous avons une bonne et stable relation avec la Chine et nous voulons continuer à la soigner", a relevé devant la presse Mme Widmer-Schlumpf, en remarquant qu'il en était de même avec les Etats-Unis.

"Nous avons pris notre décision en prenant en compte notre tradition humanitaire (...), non pas en fonction d'un pays ou de l'autre mais surtout en raison de notre tradition qui date de plusieurs siècles", a-t-elle insisté.

Terre d'asile
La Suisse a déjà accueilli le mois dernier un ancien détenu ouzbek de Guantanamo qui réside à présent dans le canton de Genève. "Aucun élément n'indique que ces trois hommes (l'Ouzbek et les deux frères ouïghours) ont été ou sont en relation avec des milieux terroristes", ont souligné les autorités helvétiques. "Ils n'ont été ni accusés ni condamnés. En 2005, les autorités américaines les ont déclarés aptes à être accueillis par un autre Etat", a fait valoir le gouvernement suisse.

"Les deux hommes se sont expressément engagés à respecter les valeurs consacrées par la Constitution fédérale et à observer le droit suisse. Ils ont en outre confirmé leur intention d'apprendre la langue parlée sur leur lieu de séjour et de s'intégrer professionnellement afin de subvenir, dans la mesure du possible, à leurs besoins", ont insisté les autorités helvétiques. Mme Widmer-Schlumpf n'a pas avancé de date pour l'arrivée en Suisse des deux Ouïghours mais a remarqué qu'un mois environ s'était écoulé entre la décision d'accueil de l'Ouzbek et son installation effective dans le canton de Genève.

Les autorités du canton du Jura ont précisé que les deux hommes bénéficieraient d'un permis de résidence leur permettant de circuler librement sur tout le territoire helvétique. Les deux Ouïghours sont "de pauvres hommes détenus par erreur", fait valoir leur avocate Elizabeth Gilson. Le plus jeune des frères, Bahtiyar Mahnut, s'était exilé en Afghanistan "pour trouver une vie meilleure". Son frère Arkin "était parti à sa recherche pour le faire rentrer au pays". Ils ont fui "sans passeport" au Pakistan, où ils ont été "vendus à l'armée américaine", selon l'avocate.

Persécutions vraisemblables
Vingt-deux Chinois de l'ethnie ouïghoure, une minorité turcophone et musulmane du nord-ouest de la Chine, ont été détenus à Guantanamo. Ils ont tous été innocentés et peuvent être libérés. Washington refuse de les renvoyer en Chine de crainte qu'ils y soient persécutés. (afp/acx)

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