L'Iran enrichit son uranium à 20% et brave les pressions
L'Iran doit commencer à produire mardi de l'uranium hautement enrichi malgré les pressions internationales mais s'est affirmé prêt également à arrêter ce processus s'il obtient des grandes puissances le combustible nucléaire qu'il réclame.
Dès mardiLe lancement des opérations visant à porter à 20% l'uranium faiblement enrichi à 3,5% dont dispose Téhéran a été annoncé dimanche soir par le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, qui avait reçu un peu plus tôt des directives du président Mahmoud Ahmadinejad.
Cette décision a été prise, selon Téhéran, en raison du blocage des discussions avec le groupe des Six (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) sur la fourniture à l'Iran du combustible enrichi à 20% dont il dit avoir besoin pour un réacteur de recherche nucléaire.
"La production de l'uranium hautement enrichi commencera après-demain (mardi) à l'usine de Natanz", a annoncé M. Salehi en précisant que Téhéran devait en informer lundi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) par un courrier officiel. L'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz (centre), qui est sous la surveillance de l'AIEA, compte plus de 8.000 centrifugeuses, dont quelque 4.600 en activité.
ConflitLes installations souterraines de Natanz peuvent contenir 50.000 centrifugeuses. M. Salehi a toutefois souligné que la "proposition (iranienne d'échange d'uranium faiblement enrichi contre du combustible enrichi à 20%) est toujours d'actualité". "Nous sommes prêts à recevoir le combustible, et lorsque nous le recevrons nous arrêterons l'enrichissement" à 20%, a-t-il affirmé.
Le président Ahmadinejad avait lui aussi affirmé, en annonçant en direct à la télévision dimanche qu'il avaient ordonné la production d'uranium enrichi à 20%, que "la porte reste ouverte aux discussions" sur un échange de combustible. Il avait toutefois souligné qu'un éventuel échange ne pourrait être qu'"inconditionnel".
L'enrichissement d'uranium est au coeur du conflit entre l'Iran et les grandes puissances, la République islamique étant soupçonnée de chercher à se doter de l'arme nucléaire sous couvert de son programme civil en dépit de ses dénégations répétées. L'Iran a rejeté en novembre une proposition des Six sur l'envoi, en une seule livraison, de la plus grande partie de son stock d'uranium faiblement enrichi en Russie et en France pour y être transformé en combustible pour son réacteur de Téhéran.
Front communLes Six avaient donné jusqu'à la fin 2009 à Téhéran pour accepter cette proposition, sous peine de nouvelles sanctions internationales. Mais l'Iran a fixé en retour un ultimatum aux Six pour qu'ils acceptent avant fin janvier de lui livrer du combustible à ses conditions -un échange simultané et en petites quantités. Faute de quoi, avait averti M. Ahmadinejad dès décembre, l'Iran commencerait à produire lui-même cet uranium.
Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a appelé dimanche soir la communauté internationale à "faire front commun pour faire pression sur le gouvernement iranien" à travers de nouvelles sanctions, tandis que Londres a exprimé sa "profonde préoccupation". M. Gates devait discuter du dossier nucléaire iranien lundi à Paris avec son homologue français Hervé Morin et avec le président Nicolas Sarkozy.
Les Etats-Unis espèrent profiter du fait que la France assurera en février la présidence du Conseil de sécurité pour présenter aux Nations unies une nouvelle résolution adoptant des sanctions contre l'Iran, a indiqué M. Gates. (afp)