Une fillette de 12 ans a été légèrement blessée vendredi en fin d'après-midi par balle dans une rue du centre de Marseille où les règlements de comptes entre malfaiteurs sont monnaie courante. Deux douilles de 9 mm ont été retrouvées, selon le procureur de la République Jacques Dallest, pour qui "il s'agit vraisemblablement d'un règlement de comptes dont elle a été une victime collatérale".
La fillette, touchée au mollet alors qu'elle se trouvait dans une petite rue animée du quartier populaire de la Belle de Mai, a quitté samedi matin l'hôpital. Selon M. Dallest, elle se trouvait à une soixantaine de mètres de l'endroit des tirs et dit avoir vu passer en courant un inconnu, "peut-être la cible".
"On se dirigerait vers des coups de feu tirés d'un véhicule", a ajouté le procureur, "un témoin semble avoir vu un véhicule avec deux individus dont l'un porteur d'une arme". L'enquête se poursuit. "Les fusillades ne sont plus ciblées comme pour le grand banditisme, maintenant on tire n'importe quand, en plein jour, sur des personnes innocentes", a dénoncé le secrétaire du syndicat de policiers Alliance dans les Bouches-du-Rhône, David-Olivier Reverdy.
"La vie ne vaut pas cher aujourd'hui. Avant, les voyous ne touchaient jamais à un enfant", note José d'Arrigo, journaliste spécialisé qui vient de publier une biographie du truand marseillais Gaétan Zampa ("Zampa", Ed. La Manufacture de livres). "C'est une série qui ne peut que continuer, un règlement de comptes en appelle toujours un autre".
Depuis janvier, des règlements de compte ont fait six morts à Marseille et autour, plus cinq tentatives au moins. La nouveauté: ils touchent les mafias d'Europe de l'Est, outre ceux plus classiques ensanglantant les cités et le grand banditisme, souligne M. Dallest.
Un homme criblé de balles mort jeudi soir aux urgences d'un hôpital marseillais où l'avaient déposé deux Arméniens, dont l'un est toujours en garde à vue et l'autre a été remis en liberté, s'est ainsi révélé être un Géorgien de 39 ans. Il était connu comme membre d'une association de "voleurs dans la loi" (les mafias d'Europe de l'Est). Enregistré au départ comme Tchèque sous une fausse identité, il s'était réfugié à Marseille après avoir échappé à Nice mi-février à une fusillade à la kalachnikov. "La France n'est pas épargnée par la présence de malfaiteurs des pays de l'Est, des individus très déterminés spécialisés dans les cambriolages ou les trafics d'armes", observe M. Dallest, évoquant la mort d'un Ukrainien le 2 juillet 2009 au Lavandou. Les Jeux olympiques prévus en 2014 à Sotchi "commencent à susciter des appétits".
Depuis janvier, le grand banditisme a également été visé: le 14 février avec la mort d'El Hamid Ikhlef, "lieutenant" présumé de Raymond Mihière dit "Le Chinois", et le 22 février avec celle de Nicolas Nissirio à Port-de-Bouc. Le 17 mars c'était à Meyrargues le tour de Daniel Merlini ("Bibendum"). Parallèlement sont tombés dans des cités des quartiers Nord le 27 janvier Mohamed Zouggari dont l'assassin présumé vient d'être arrêté et le 16 février Sami Kermadi malgré son gilet pare-balles.
Marseille est une "ville violente" où 60% des meurtres sont des règlements de comptes, selon M. Dallest, mais "depuis janvier on n'est pas sur une recrudescence plutôt sur un rythme élevé". Les chiffres correspondent pour l'instant à ceux de 2009: une trentaine de règlements de comptes et tentatives au total. (afp)
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