Le convoyeur de fonds Toni Musulin s'est défendu d'être un Robin des Bois lors de son procès, mardi à Lyon, pour le vol audacieux fin 2009 de 11,6 millions d'euros dans son fourgon, un vol qui avait suscité un engouement médiatique autour de l'"Arsène Lupin du XXIe siècle".
Quel argent?
D'une voix bougonne, le célèbre convoyeur a réaffirmé, comme lors de l'enquête, qu'il n'avait pas emporté les 2,5 millions du butin toujours disparus, affirmant: "on me dit que je suis Robin des bois, mais non, je suis normal". "Moi, je n'ai pas pris l'argent, c'est pas moi qui ai l'argent", a-t-il lancé au président du tribunal correctionnel qui l'interrogeait sur la somme exacte qu'il avait déchargée du fourgon de son employeur, la société de transports de fonds suédoise Loomis.
Deux jours après ce vol rocambolesque, les enquêteurs n'ont en effet retrouvé que 9,1 millions d'euros dans un box loué par Musulin à Lyon. Interrogé sur les raisons de son passage à l'acte, Musulin, le visage las encadré d'une barbe poivre et sel, loin de l'image du braqueur bravache qui a fait fantasmer les internautes, a répliqué : "j'avais décidé de le faire, je ne pouvais plus reculer".
Galère et rires
Le convoyeur a ensuite expliqué qu'il n'avait pu charger la totalité de l'argent prélevé à la Banque de France dans le véhicule loué en prévision du vol, laissant entendre que d'autres personnes avaient emporté les billets manquants. "J'en ai laissé dans le camion. Le reste, je l'ai mis dans le garage, après je ne sais pas", a-t-il assuré, sous-entendant que le propriétaire du box aurait pu se servir avant l'arrivée de la police.
Auparavant, il a expliqué comment, en pleine rue, il avait déchargé le fourgon: "J'ai fait tomber les sacs dans le camion. Cela arrêtait pas de tomber, ils glissaient. C'était la galère, j'arrêtais pas de faire tomber mon arme", a-t-il dit, suscitant les rires étouffés de la salle. "Si je pensais qu'ils allaient trouver le butin, je l'aurais pas fait. J'avais un peu les boules" en apprenant que le box avait été découvert, a grommelé Musulin, avant de faire le récit de ses 11 jours de cavale à moto et en train en Italie.
"Dérapages"
Quant à sa reddition à la police de Monaco, le 16 novembre 2009, il assure qu'il "n'avait pas le choix", car il "n'avait plus trop d'argent". "Monaco c'est sur ma route", a-t-il dit. Pendant près de deux heures, le procès du convoyeur a tourné au procès de Loomis, accusée par plusieurs de ses collègues de privilégier la "rentabilité" "au détriment de la sécurité" dans ce "métier à risques". "Il y a des situations qui peuvent amener à des dérapages", a déclaré Abdelkader Bengueche, délégué CGT central de Loomis.
Musulin, qui est également poursuivi pour "tentative d'escroquerie" à l'assurance, a dû s'expliquer sur sa Ferrari, achetée sur internet plus de 110.000 euros et qu'il a déclaré volée lors d'un "car jacking" (vol de voiture avec violence) en Savoie. S'appuyant sur ses relevés de téléphonie mobile et sur le contrôle de son passeport à la frontière serbo-croate, le 1er mai 2009, les enquêteurs le soupçonnent de s'être débarrassé de sa Ferrari en Serbie, bien que le convoyeur affirme n'y être pas allé.
Pas de report
Début mai, alors que Musulin assure être en France, son téléphone mobile est en effet activé par un opérateur de Serbie et Monténégro, souligne le président du tribunal, qui demande, en vain, des explications à Musulin, soudain moins détendu que pendant les témoignages de ses ex-collègues. Dans la matinée, la défense de Musulin avaient tenté, en vain, d'obtenir le report du procès, s'insurgeant contre le fait que la Cour de cassation ait rejeté lundi sa requête en nullité de procédure. Le procès doit s'achever tard mardi soir ou mercredi. (afp/acx)
- Ouverture du procès de Toni Musulin


