Le président Islam Karimov, qui dirige d'une main de fer l'Ouzbékistan depuis la période soviétique, doit être réélu sans suspense dimanche pour un septennat, alors qu'aucun mouvement d'opposition n'est autorisé dans ce pays d'Asie centrale.
Les 18 millions d'électeurs auront le choix entre M. Karimov et trois candidats sans envergure soutenant le régime en place. En plus de 18 ans au pouvoir, le président "sortant" a limité drastiquement les libertés publiques, tandis que l'économie s'est sclérosée, malgré d'importantes ressources naturelles, au point qu'entre deux et cinq millions d'Ouzbeks, selon les estimations, sont partis en quête de travail à l'étranger.
Isolée
Deuxième exportateur mondial de coton, riche en or et en gaz, cette ex-république soviétique a d'abord opté pour une alliance avec les Etats-Unis avant de revenir vers la Russie mais elle reste isolée depuis la répression sanglante d'un soulèvement à Andijan (est) en 2005.
Le programme électoral du président, 70 ans en janvier, se résume en un mot: la continuité. Ce dernier déclarait même le 8 décembre que son "objectif principal est la poursuite immuable du cap vers la construction d'une société libre et d'une vie prospère". Il a fait une campagne minimaliste, n'apparaissant que devant un public réduit. Les trois autres candidats, dont une femme, une première dans ce pays musulman, n'ont pour leur part jamais prononcé les mots "votez pour moi".
Observation minimum
Dans ce contexte, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n'aura qu'une dizaine d'observateurs dimanche, contre 270 au Kirghizstan voisin une semaine plutôt, un pays qui compte pourtant six fois moins d'électeurs. "En raison de l'absence apparente de compétition, il n'a pas été jugé nécessaire de déployer des observateurs de court terme et l'OSCE/BIDDH ne va donc pas procéder à une observation systématique et précise le jour de l'élection", a annoncé l'organisation début décembre.
M. Karimov, que les mouvements de défense des droits de l'Homme classent parmi les chefs d'Etat les plus autoritaires d'ex-URSS, n'a jamais favorisé le débat dans son pays. Mais Tachkent est surtout la cible des critiques des gouvernements occidentaux, des ONG et de l'Onu depuis la répression d'Andijan en mai 2005, qui, selon les témoins, a fait des centaines de morts civils.
Intransigeance et torture
Le pouvoir reconnaît lui 187 morts, des "terroristes" et des militaires pour la plupart, et voit dans ces événements une tentative américaine de renverser Islam Karimov, qui était pourtant alors l'allié de Washington et lui louait une base pour des opérations en Afghanistan. Le régime ouzbek est aussi régulièrement dénoncé pour son intransigeance vis-à-vis des partisans de l'opposition, séculaire ou islamique, qui ont dû choisir entre l'exil et la prison, où la torture est jugée "routinière" par l'Onu. "Les chefs de l'opposition ont eu peur, les généraux ont quitté l'armée pour l'exil et leurs soldats sont allés en prison (...) La société est maintenant complètement paralysée", analyse Sourat Ikramov.


