La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a envisagé jeudi une future "normalisation" des relations des Etats-unis avec la Corée du Nord, n'excluant pas de se rendre à Pyongyang avant la fin de ses fonctions début 2009. Dans un entretien exclusif avec l'AFP, la chef de la diplomatie américaine s'est montrée positive mais prudente sur les progrès des négociations à six sur le démantèlement du programme nucléaire nord-coréen.
Optimisme prudent
Elle a ainsi trouvé que l'arrêt de la principale installation nucléaire nord-coréenne à Yongbyon, s'était passé "en douceur". "Les Nord-Coréens ont pris les mesures qu'ils avaient dit qu'ils prendraient. Nous avons pu les observer", a-t-elle ajouté, qualifiant la situation de "remarquable". Mais "il n'est pas certain" que la Corée du Nord publie avant la fin de l'année une déclaration complète de toutes ses installations, a souligné Mme Rice, qui a récemment accepté le principe que cette déclaration soit publiée avec retard.
La Corée du Nord est entrée en octobre 2006 dans le cercle restreint des puissances atomiques militaires, ignorant un accord qu'elle avait passé en septembre 2005 avec cinq pays (les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Chine, le Japon, la Russie) et par lequel elle acceptait d'abandonner son programme. Revenue aux négociations à six depuis, elle a de nouveau accepté de renoncer à ses activités en échange d'une aide énergétique vitale, mais aussi contre la perspective d'une normalisation de ses relations avec les Etats-Unis et la communauté internationale.
Déclaration attendue
Après avoir arrêté sa principale installation nucléaire, à Yongbyon, elle doit à présent démanteler toutes ses installations et déclarer toutes ses activités et matériaux nucléaires d'ici le 31 décembre. Le président américain George W. Bush a réclamé la semaine dernière cette déclaration complète au dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il dont il venait de recevoir une réponse à la lettre sans précédent qu'il lui a adressée sur la dénucléarisation. Mme Rice a souligné que des progrès sur cette phase de l'accord permettraient d'avancer sur son volet politique.
"Je suis convaincue qu'une ouverture de la Corée du Nord serait bénéfique pour tout le monde", a-t-elle poursuivi. "Un Etat fermé (comme la Corée du Nord) n'est bon ni pour la péninsule coréenne ni pour l'Asie". "Et j'espère que les Nord-Coréens vont aller de l'avant et présenter une déclaration exacte pour que nous puissions avancer" sur cette phase, a-t-elle conclu.
Visite
Interrogée alors sur la possibilité qu'elle se rende à Pyongyang avant la fin du mandat du président Bush en janvier 2009, elle a répondu: "Il serait un peu prématuré de spéculer là-dessus mais, vous savez, rien n'est inconcevable". Pour que cette visite ait lieu, "il faudrait quand même qu'on ait fait pas mal de progrès" vers le démantèlement des capacités nucléaires de Pyongyang, a-t-elle aussitôt ajouté. Même prudente, cette réponse montre une nette évolution envers la Corée du Nord de l'administration Bush, qui avait classé ce pays parmi les tenants d'un "axe du mal" en 2002. Questionnée en octobre 2006 à Pékin par la presse sur la possibilité d'une visite à Pyongyang, Mme Rice avait alors répliqué en souriant: "Ce n'est pas la peine de faire vos valises".


