Patrice Lumumba, assassiné en 1961.
Trois membres de la famille de l'ancien Premier ministre congolais Patrice Emery Lumumba vont déposer en octobre prochain à Bruxelles une plainte au pénal avec constitution de partie civile contre douze Belges présents au Katanga (sud-est de l'actuelle République démocratique du Congo) - là où ce héros de l'indépendance du Congo a été assassiné en janvier 1961 -, a annoncé mardi l'un d'entre eux avec ses avocats belges.
Circonstances obscures
Cette plainte concernera "douze personnes", toutes de nationalité belge, "présentes à ce moment-là" au Katanga, une province en sécession où M. Lumumba a été assassiné le 17 janvier 1961, peu après son transfert de Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa), dans des circonstances restées obscures - bien qu'une commission parlementaire d'enquête ait évoqué en 2001 une responsabilité "morale" de la Belgique, puissance coloniale du Congo jusqu'à l'indépendance, le 30 juin 1960 et encore très présente aux côtés de la sécession katangaise.
Cette plainte portera sur des "crimes de guerre", comme le "transfert illégal" de M. Lumumba vers Elisabethville (aujourd'hui Lumumbashi, le chef-lieu du Katanga), qui sont imprescriptibles, même après 49 ans après les faits, a précisé l'un des avocats de la famille Lumumba, Me Christophe Marchand, au cours d'une conférence de presse, en présence de l'un des fils du premier Premier ministre du Congo indépendant, Guy Lumumba, à quelques jours du 50ème anniversaire de l'indépendance de la RDC et d'une visite des souverains belges à Kinshasa.
Personnes du monde politique
Me Marchand s'est toutefois refusé à identifier ces douze personnes "toujours en vie", soulignant que les plaignants réserveront ces identités au juge d'instruction. Il a juste indiqué qu'il s'agissait notamment de personnes "du monde politique", alors que la presse évoque aussi des militaires.
Guy Lumumba, né quelques jours après la mort de son père, a expliqué que sa famille avait espéré, après la chute du dictateur zaïrois Mobutu Sese Seko en 1997, que les nouvelles autorités ouvrent une enquête sur ce décès. Mais en vain. "Maintenant, la Belgique est habilité à le faire", a-t-il souligné.
Selon Me Marchand, le juge d'instruction qui sera désigné à la suite du dépôt de la plainte devra déterminer si la mort de M. Lumumba est bien un "crime de guerre" - et donc non concerné par la prescription. Il a justifié le dépôt de la plainte en octobre seulement par la nécessité de coordonner l'action de trois équipes de juristes (belge, allemande et américaine) concernées par cette affaire.
Mais il s'est défendu de vouloir interférer, en annonçant cette action ce mardi, avec la visite du roi Albert II et de la reine Paola en RDC la semaine prochaine, tout en admettant qu'il s'agissait d'un "moment symbolique". "Nous ne visons pas la maison royale, mais il ne faut pas oublier les événements du passé", a-t-il dit.
Pressions politiques?
Une autre avocate, Me Annemie Schaus, a ajouté que la famille Lumumba et les juristes qui l'assistent n'excluaient pas une plainte ultérieure au civil, afin d'obtenir des dédommagements. "J'espère qu'il n'y aura pas de pression politique", a-t-elle lancé, en notant que les autorités judiciaires seront toutefois "moins sous pression qu'à l'époque".
Les plaignants s'appuient sur les conclusions d'une commission d'enquête parlementaire belge qui avait conclu en novembre 2001 à la responsabilité morale de "certains membres du gouvernement belge et d'autres acteurs belges" dans la mort de Lumumba, considéré comme pro-communiste, sans citer aucun nom. Le ministr e des Affaires étrangères de l'époque, Louis Michel, avait présenté en avril suivant les excuses de la Belgique au Congo.
Mais les défenseurs de la famille Lumumba estiment qu'il faut désormais aller au-delà de la simple responsabilité collective". "Il y avait des éléments pour pointer des responsabilités individuelles", a expliqué Me Marchand. (belga)


