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"J'ai toujours agi en communication avec les familles"

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Par: rédaction
6/09/11 - 17h22
Le Dr. Bonnemaison en compagnie de son avocat (afp)

Le médecin urgentiste de Bayonne soupçonné d'euthanasie active sur désormais au moins sept patients âgés, a reconnu mardi devant la cour d'appel de Pau avoir pratiqué des injections létales "pour abréger des souffrances", mais toujours en "communiquant" avec les familles.

Le Dr Nicolas Bonnemaison comparaissait devant la chambre de l'instruction qui examine l'appel du parquet de Bayonne sur son maintien en liberté, après sa mise en examen le 12 août pour "empoisonnements sur personnes particulièrement vulnérables", passible de la réclusion criminelle à perpétuité.

Devant une salle d'audience comble, où se serrait près d'une centaine de personnes venues lui exprimer leur soutien, M. Bonnemaison, visage fermé, visiblement ému, a reconnu avoir pratiqué des injections pouvant entraîner la mort. "Certes j'ai utilisé des médicaments, pas dans l'intention de donner la mort, mais pour abréger les souffrances des patients en fin de vie. Il n'a jamais été dans mon propos de les utiliser dans une intention létale", a déclaré l'urgentiste, sa première déclaration publique sur cette affaire.

Aucune plainte contre lui de la part des familles
M. Bonnemaison, qui s'est défendu d'être un "militant de l'euthanasie", a indiqué avoir "toujours été attaché à communiquer avec les familles" des patients concernés, dont aucune n'a à ce jour porté plainte contre lui. "Pour moi, le patient était indissociable de ses proches. Dans le cadre de la fin de vie, on vit des choses fortes avec les familles. On sait que ça se fait dans un regard, une poignée de mains", a-t-il expliqué.

L'avocat général, Jacques Defos Du Rau, a argué d'un "trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public" pour réclamer le placement en détention provisoire du Dr Bonnemaison, interdit d'exercice et résidant en Auvergne dans le cadre de son contrôle judiciaire. M. Defos Du Rau a évoqué sept "décès en série", entre le 5 avril et le 3 août 2011, avec "une accélération" des décès à partir de juin.

On n'évoquait jusqu'alors que quatre cas, mais le parquet de Bayonne en a ajouté trois autres au dossier lundi, survenus le 12 juin, et les 4 et 7 juillet. "Il s'est arrogé le pouvoir de donner la mort, tout seul, le droit de choisir l'instant de la mort et cela a eu l'air de s'amplifier. C'est le cadre de la loi Léonetti (sur les malades en fin de vie) qui explose", s'est indigné M. Defos Du Rau.

"Là pour débattre de l'euthanasie"
"Personne n'a le droit de disposer de la vie d'un autre, personne n'a le monopole de la compassion", a-t-il martelé. A la barre, le médecin a récusé toute accélération, évoquant une "dérive" dans l'organisation du service des urgences de courte durée où il travaillait, ouvert 24H/24 à partir de février 2011, "avec l'arrivée de patients qui n'avaient rien à faire dans le service courte durée".

Il a indiqué avoir signalé cette situation par écrit à deux reprises à sa hiérarchie. Pour la défense, Me Benoît Ducos Ader a dénoncé "l'hypocrisie" de la loi Léonetti et rappelé "l'absence de plaignants" dans cette affaire. "Avez-vous affaire à un serial killer ou à un médecin qui a exercé depuis des années son métier avec une conscience totale ?" s'est-il interrogé. "On n'est pas là pour mettre en prison un malfrat, on est là pour débattre de l'euthanasie", a-t-il ajouté.

La décision a été mise en délibéré au 13 septembre. L'affaire suscite un débat parmi les médecins. L'ordre des Pyrénées-atlantiques n'a pas porté plainte contre M. Bonnemaison, contre l'avis de son président, mais l'ordre national a l'intention de le sanctionner. Le Dr Xavier Mirabel, président de SOS fin de vie, a critiqué "l'interprétation des regards", évoqué par M. Bonnemaison, considérant que c'est "le propre d?une médecine de toute-puissance". (afp)

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