MISE À JOUR
Plus de 50.000 Géorgiens ont manifesté dimanche à l'appel de l'opposition pour contester la victoire de Mikheïl Saakachvili à la présidentielle du 5 janvier, tout juste confirmée. "En dépit de la violence et de l'injustice, nous avons gagné.
La Géorgie a gagné", a lancé le candidat d'opposition Levan Gatchetchiladzé à la foule massée sur l'avenue Roustaveli, la principale artère de Tbilissi, sous un soleil éclatant. Aucune mobilisation massive de la police n'était visible lors de cette manifestation autorisée, qui a réveillé les craintes de violences après les manifestations réprimées de novembre 2007, suivies de neuf jours d'état d'urgence et de la convocation de cette présidentielle anticipée. Mais la marche, à laquelle ont participé au moins 50.000 personnes selon l'AFP (100.000 selon l'opposition), s'est terminée dans le calme, place de la Liberté.
Les chefs de file de l'opposition ont appelé la foule à redescendre dans la rue jusqu'à ce que le pouvoir cède et accepte un second tour. "Nous devons faire front ensemble et alors nous gagnerons. Nous obtiendrons un second tour", a assuré M. Gatchetchiladzé. Mais avec la publication quelques heures plus tôt des résultats définitifs, l'hypothèse d'un second tour est hautement improbable. D'autant que les autorités ne donnent pas de signe de concession, préparant déjà la cérémonie d'investiture de M. Saakachvili, prévue le 20 ou le 21 janvier. Ces résultats, publié in extremis au dernier jour prévu par la loi, confirment la victoire de M. Saakachvili avec 53,47% des voix contre 25,69% (bien 25,69%) à M. Gatchetchiladzé.
L'opposition juge la réélection du président sortant frauduleuse malgré l'avis favorable des observateurs occidentaux, notamment de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). "L'OSCE soutient des élections truquées", "Les Etats-Unis, partisans de la dictature", pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants ayant répondu à l'appel d'une opposition pourtant pro-occidentale. Lors de la manifestation, Salomé Zourabichvili, ancienne chef de la diplomatie de M. Saakachvili, a quant à elle appelé les dirigeants étrangers à boycotter la cérémonie d'investiture. "Nous voulons que nul ne vienne en Géorgie pour l'investiture de Mikheïl Saakachvili car ce serait provoquer son peuple", a-t-elle déclaré.
Recevant la presse samedi, Mikheïl Saakachvili a quant à lui insisté sur sa volonté de tourner la page de "mois de troubles politiques". Il a présenté comme un fait acquis sa cérémonie d'investiture et même dit espérer y voir le président russe Vladimir Poutine. "Le peuple a parlé et les autorités ont refusé d'écouter. Nous sommes ici pour défendre notre vote", a déclaré quant à elle à l'AFP une manifestante, Isolda Pouriliani. A l'approche de législatives prévues au printemps, l'ampleur de cette manifestation fait surtout figure de test pour cette opposition qui réunit nombre de déçus de la politique de M. Saakachvili.
L'opposition a réussi en cela son pari dimanche, mobilisant autant que lors de sa manifestation du 2 novembre 2007, plus importante contestation populaire dans cette ex-république soviétique du Caucase depuis la Révolution de la rose de novembre 2003 qui a porté au pouvoir M. Saakachvili. Ayant formé à la va-vite une coalition hétéroclite pour participer à la présidentielle, ce regroupement de formations plus ou moins radicales doit désormais montrer sa capacité à se consolider. (afp)


