La sécurité a été discrètement renforcée lundi au début du 2e trimestre à l'Université d'Oxford, où le fils de la dirigeante assassinée de l'opposition pakistanaise Benazir Bhutto a repris ses études après avoir été désigné à la tête du parti que dirigeait sa mère.
Scotland Yard a mis en place un dispositif spécial pour protéger Bilawal Bhutto Zardari, 19 ans, étudiant en première année d'histoire au Christ Church College, dans cette université du centre-ouest de l'Angleterre qu'avaient fréquentée avant lui sa mère et son grand-père Zulfikar Ali Bhutto, ancien Premier ministre pendu après un coup d'Etat militaire. Malgré cette sécurité renforcée, Christ Church était ouvert au public lundi matin. Comme à l'accoutumée, le visiteur est accueilli à l'entrée par un garde en chapeau haut-de-forme et non par un policier, même si les patrouilles des forces de l'ordre semblent plus fréquentes dans les rues alentour.
Beckham, Jackson
Si Scotland Yard et l'université restent évidemment muets sur les mesures de sécurité autour de Bilawal, Mike Faux, de la société de sécurité privée Executive Group Holdings, estime que le dispositif va coûter "des milliers" de livres sterling au contribuable britannique chaque mois. Bilawal bénéficie sans doute de gardes du corps jour et nuit, prêts à utiliser des tactiques éprouvées comme les faux convois et autres leurres pour déjouer un éventuel attentat, selon lui. "C'est un homme dont la mère a été tuée, il représente maintenant lui-même une cible et il veut vivre comme tout un chacun", note M. Faux qui a travaillé au service entre autres du footballeur David Beckham, de la famille royale britannique ou du chanteur Michael Jackson.
Psychose sur le campus
Mais "ses conseillers devraient lui dire que non, ce n'est pas possible", estime-t-il. L'ex-Premier ministre Benazir Bhutto, tuée dans un attentat suicide le 27 décembre près d'Islamabad, "avait dit qu'elle voulait continuer comme avant", relève M. Faux. "Ca lui a coûté la vie", poursuit l'expert qui s'interroge sur la décision de Bilawal de reprendre ses études si peu de temps après avoir été intronisé fin décembre président du Parti du peuple pakistanais (PPP, principal mouvement d'opposition au Pakistan). A Oxford, plusieurs étudiants semblent du même avis, s'inquiétant d'une menace accrue du simple fait de la présence de Bilawal Bhutto. "Rentre chez toi, tu nous mets tous en danger à Oxford en venant ici", écrit ainsi un anonyme sur le site du quotidien local Oxford Mail.
Illustres précédents
Mais l'université veut honorer la demande du jeune homme qui a souhaité pouvoir continuer ses études comme les autres étudiants ou presque. Dans un message électronique envoyé aux étudiants avant le début du 2e trimestre, un responsable cité par le journal Oxford Student écrivait: "Nous n'avons pour l'instant aucune raison de supposer qu'il existe une menace directe contre Bilawal, mais nous avons la responsabilité de tout faire pour qu'il puisse mener une vie normale". Oxford n'en est pas à son premier étudiant "médiatique": Chelsea Clinton, la fille de l'ancien président américain Bill Clinton, est une ancienne élève, tout comme le fils de l'ex-Premier ministre Tony Blair, Nicky, pour ne citer que des exemples récents.
Mais aucun d'entre eux ne s'inscrivait dans une histoire familiale aussi sanglante que celle de Bilawal Bhutto Zardari. (afp)


