Les transsexuels turcs sur scène pour défendre leurs droits

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Par: rédaction
18/01/08 - 09h17

Des transsexuels devenus comédiens et ovationnés debout: fait insolite cette semaine à Ankara à l'occasion d'une représentation de théâtre contre la discrimination dont la communauté homosexuelle fait l'objet au sein de la société turque, foncièrement conservatrice.


Rose et gris, une pièce qui braque les projecteurs sur le sort des transsexuels en Turquie musulmane, constitue la dernière des initiatives d'un secteur de la société longtemps marginalisé et harcelé qui veut faire valoir ses droits. Radiants de fierté et d'émotion, les artistes des rôles principaux, Derya Tunç et Sera Can, deux hommes devenues femmes après une opération, saluent le parterre avant de se retirer dans les tumultueuses coulisses, une pause d'un soir de leurs métiers d'"ouvrières du sexe" dans la capitale turque.

Prostitution
"En dépit de toutes les discriminations, je n'ai aucun remords pour ce que je suis", explique souriant Sera. "La seule chose que je regrette est de devoir me prostituer", dit-il. Presque tous les transsexuels et les travestis en Turquie sont réduits à la prostitution, la seule façon de pouvoir survivre selon eux dans une société où l'homophobie est très présente et est souvent accompagnée de violences.

Malaise
Trois-quart des Turcs éprouvent un "malaise" par rapport aux homosexuels, selon un récent sondage. Paradoxalement, certains homosexuels connus du milieu du show business sont des vedettes très populaires, tel le chef de file incontesté de ce groupe, le chanteur Zeki Müren, décédé en 1996. Des couturiers homosexuels font également régulièrement la Une des journaux. Sévère contre les prostitués transsexuels, la police est accusée de les persécuter en organisant des opérations brutales de "nettoyage" dans plusieurs quartiers d'Istanbul.

Selon les militants des droits de l'Homme, la répression policière a diminué ses dernières années alors que le mouvement gay et transsexuel s'organise dans le cadre des aspirations européennes d'Ankara. "Avant, la police était violente. Maintenant ils se contentent de nous verbaliser", indique Buse Kiliçkaya, présidente de Pembe Hayat (la vie en rose, ndlr), une association qui milite pour les droits des transsexuels et parraine la pièce Rose et gris.

Procès
Elle salue le procès en cours de quatre personnes, accusées d'avoir attaqué des travestis et des transsexuels dans une banlieue d'Ankara en 2006. Les quatre victimes ont été frappées à coups de bâton et attaquées à l'arme blanche par une groupe de jeunes qui y auraient été encouragés par les autorités locales. Leurs appartements ont été mis à sac et elles ont finalement dû quitter le quartier.

Détentions arbitraires
Senem Doganoglu, une avocate soutenant l'association, affirme que les détentions arbitraires continuent. "Dans un cas précis, un transsexuel a été amené alors qu'il était simplement sorti acheter du pain", explique l'avocate. Elle souligne que les agents verbalisent les transsexuels pour atteinte à l'ordre public dans la plupart des cas car la prostitution n'est pas interdite en Turquie. Les prostituées doivent s'inscrire et subir des contrôles médicaux très réguliers. Me Doganoglu accuse le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir, d'"entretenir le climat actuel d'intolérance".

Islam
L'impact de l'Islam sur les libertés sexuelles s'avère cependant une question délicate en Turquie laïque où, contrairement à d'autres pays musulmans, les relations homosexuelles et les opérations de changement de sexe ne sont pas illégales. L'homosexualité faisait partie du patrimoine du sérail ottoman.

L'heure est aujourd'hui à l'optimisme. "Nous sommes conscientes que les choses ne changeront pas du jour au lendemain mais il y a des progrès", indique Mme Kiliçkaya avant de se lancer dans une conversation effrénée avec ses collègues artistes sur la prochaine production de Rose et gris. (belga)

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