Un journaliste afghan détenu depuis trois mois a été condamné à mort par la première chambre d'un tribunal du nord de l'Afghanistan sous l'accusation de "blasphème", suscitant mercredi de très vives protestations d'organisations de défense de la presse.
La famille de Perwiz Kambakhsh, 23 ans, a reçu mardi par écrit notification de la peine requise par le tribunal de la province de Balkh (nord), a indiqué le frère du reporter, lui-même journaliste, Yaqoub Ibrahimi. Le procès, a-t-il dit, s'est tenu à huis clos sans personne pour défendre le jeune homme.
Appel
"Basé sur les crimes commis par Perwiz Kambakhsh, la première chambre l'a condamné à la plus grave punition qui est la peine de mort", a déclaré le procureur-adjoint de la province, Hafizullah Khaliqyar. Le jeune homme avait été arrêté le 27 octobre pour distribution à ses camarades d'université de Balkh d'un article "insultant pour l'islam et interprétant de manière erronée des versets du Coran", selon le document officiel.
Le jeune homme, qui est également reporter du journal local Jahan-e Naw (Nouveau Monde) a rejeté cette condamnation et fera appel, selon sa famille. Il n'est pas l'auteur de l'article incriminé relatif à une interprétation de versets du Coran sur les droits de la femme, ont indiqué ses confrères. Le texte proviendrait d'un blog iranien www.roxaneh.blogfa.com, relatif à la défense des femmes.
Pas de défense
"Nous avons appelé la communauté internationale, en particulier les organisations de défense des médias, à nous aider à trouver un avocat pour le défendre car personne ne voulait le faire" dans la province, a déclaré le président de l'Association afghane des journalistes indépendants (AIJA) Rahimullah Samandar. Il n'en a toujours pas, a-t-il indiqué. Les autorités locales, selon lui, "font pression sur les autres journalistes pour ne pas écrire sur l'affaire" et "sur les gens pour montrer leur pouvoir".
Khaliqyar avait menacé lundi d'arrêter les journalistes qui soutiendraient Kambakhsh. "J'arrêterai tout ceux qui tenteront de le soutenir après cela", avait-il déclaré en affirmant que le jeune homme avait "confessé" ses crimes. Des journalistes réfléchissaient toutefois à un "possible" mouvement de protestation. L'organisation de défense des journalistes Reporters Sans Frontières s'est dite "choquée" de cette condamnation et a appelé le président Hamid Karzaï à "intervenir au plus vite pour que l'irréparable ne soit pas commis".
Politique
La Fédération internationale des journalistes (FIJ) Asie-Pacifique s'est jointe à l'appel. Elle a condamné "fermement" le jugement et le huis clos du procès. Pour l'AIJA, l'affaire est liée à "des articles critiques" du frère, Yaqoub Ibrahimi, contre les autorités de Balkh. "Des gens ont monté le conseil des Oulémas contre lui. Ils en ont fait une affaire politique pour faire pression sur Ibrahimi", a déclaré M. Samandar.
Les organisations de défense des journalistes sont également intervenues en faveur de la libération d'un autre confrère, Mohammad Ghaws Zalmai, détenu depuis novembre pour des accusations similaires. La constitution de 2001 défend la liberté d'expression mais repose sur la loi islamique (charia). Son interprétation radicale requiert la peine de mort pour des actes jugés contraires à l'islam. Le régime de Hamid Karzaï a permis, depuis le renversement fin 2001 des islamistes talibans l'émergence d'une presse libre, régulièrement remise en cause par les conservateurs.


