Déploiement au Tchad de premiers éléments de l'Eufor
Une vingtaine d'Italiens de la force de l'Union européenne (UE) au Tchad et en Centrafrique, chargés de la mise en place d'un hôpital de campagne à N'Djamena, sont arrivés dans la capitale tchadienne, a-t-on appris ce mardi de source militaire européenne.
"Les Italiens qui doivent installer l'hôpital à N'Djamena ont commencé lundi à acheminer leur matériel", a déclaré un officier de l'opération Eufor Tchad-RCA, précisant qu'il s'agissait pour l'instant d'une vingtaine de personnes.
En tout, une cinquantaine de membres de l'Eufor sont déjà présents dans la capitale, où ils installent une base arrière logistique, et une cinquantaine à Abéché, principale ville de l'est du Tchad, où sera situé le poste de commandement opérationnel.
L'aviation tchadienne a bombardé mardi des positions de rebelles hostiles au président Idriss Deby Itno dans la région à l'est du Tchad où doit se déployer l'Eufor, a-t-on appris de sources militaire et rebelle.
"Ce (mardi) matin, l'aviation de Deby nous a bombardés vers Adé, près de la frontière soudanaise", a déclaré Abakar Tollimi, le secrétaire général de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), un des groupes armés membres d'une alliance rebelle née à la mi-décembre. "Notre défense anti-aérienne a riposté", a-t-il ajouté, joint sur téléphone satellitaire.
Une source militaire tchadienne a confirmé ces bombardements, précisant qu'ils avaient débuté lundi soir dans une zone située à 12 km au nord d'Adé et à 15 km de la frontière soudanaise. "Les rebelles, qui étaient au Soudan, ont traversé la frontière hier", a affirmé lundi cette source. Il n'y a pas eu de combats au sol jusqu'ici, selon les belligérants. "Nous nous attendons à une attaque terrestre", a toutefois poursuivi Abakar Tollimi. Il s'agit des premiers affrontements entre rebelles et armée au Tchad depuis début décembre.
Outre des Français, qui constitueront l'ossature de la force avec environ 2.100 des quelque 3.700 hommes attendus à terme, quelques Suédois, Irlandais et Néerlandais sont sur place. "Il s'agit pour l'essentiel de
forces d'entrée en premiers, chargés de préparer le déploiement du reste des éléments, de faire de la reconnaissance", a expliqué l'officier. Selon Vienne, un détachement d'une quinzaine d'Autrichiens doit également arriver cette semaine.
Le général français Jean-Philippe Ganascia, qui commandera la force sur le terrain, depuis Abéché, est également arrivé au Tchad et devrait donner cette semaine le coup d'envoi local à l'Eufor, qui a obtenu lundi le feu vert définitif de l'UE, selon des sources militaires européennes.
Le commandant de l'Eufor, le général irlandais Patrick Nash, a jugé "capital" pour le succès de l'opération la forte contribution française, mais insisté sur la neutralité des 3.700 soldats placés sous ses ordres.
L'arrivée du gros des troupes s'étendra sur plusieurs semaines, mais sera théoriquement achevée en juin, avant le début de la saison des pluies qui rend les déplacements dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, zone de déploiement de l'Eufor, plus complexes.
Un demi-millier de Français du dispositif Epervier, présent au Tchad depuis 1986, doivent notamment basculer vers la mi-février sous mandat de l'Eufor, selon des sources militaires françaises. Dans le nord-est de la Centrafrique, la force européenne prendra également sous son mandat les quelque 220 Français de l'opération Boali, qui disposent d'une "antenne chirurgicale avancée", auxquels s'ajouteront des éléments d'autres pays européens censés "multinationaliser" ce détachement.
A N'Djamena, le "camp Europa" qui doit accueillir le QG arrière de la force sera bientôt prêt, selon une source militaire européenne. A Abéché, le camp européen sera situé face à la base d'Epervier, de l'autre côté de la piste d'atterrissage de l'aérodrome, mais les travaux n'ont commencé qu'il y a une dizaine de jours. Le poste de commandement avancé sera donc dans un premier temps basé auprès des installations d'Epervier.
Outre la France, les principales nations contributrices sont l'Irlande et la Pologne avec 400 éléments chacune, la Suède (200) et l'Autriche (160). Neuf autres pays ont promis aussi des contributions, parfois à confirmer: Belgique, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Roumanie et Slovénie. L'Eufor devra veiller à la sécurité de 241.000 réfugiés soudanais du Darfour dans l'est du Tchad et de 3.000 autres dans le nord-est de la Centrafrique, ainsi que des 179.000 Tchadiens et 20.000 Centrafricains déplacés, à l'intérieur de leurs pays respectifs, par les violences. (afp)