Le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi a indiqué mercredi que le Kosovo proclamerait rapidement son indépendance quel que soit le résultat de l'élection présidentielle serbe, qui oppose le président sortant, favorable à l'UE, à un ultranationaliste pro-russe.
"L'indépendance du Kosovo arrivera dans les jours qui viennent, que ce soit (Boris) Tadic ou (Tomislav) Nikolic qui gagne", a indiqué M. Thaçi. Le second tour de la présidentielle serbe, qui opposera dimanche le candidat ultranationaliste Tomislav Nikolic au président sortant Boris Tadic, favorable au rapprochement de la Serbie avec l'Union européenne, s'annonce très serré. Selon les derniers sondages, la différence entre M. Tadic et M. Nikolic dans les intentions de vote est tellement faible que cette présidentielle apparaît comme "la plus incertaine" de l'histoire récente de la Serbie.
"M. Tadic a un léger avantage", a indiqué Marko Blagojevic, du Centre pour les élections libres et la démocratie (CESID), l'organisation non-gouvernementale qui a réalisé un des derniers sondages. "Les développements en Serbie n'ont aucune influence sur le Kosovo. Le Kosovo a son propre chemin", a assuré de son côté M. Thaçi. La semaine dernière, lors d'une visite à Bruxelles, il avait précisé que les Kosovars s'étaient engagés à "coopérer étroitement" avec Bruxelles et Washington sur la date de cette déclaration d'indépendance.
Une réunion du parlement kosovar devrait avoir lieu après la présidentielle serbe et selon diverses hypothèses, elle pourrait être l'occasion d'une "déclaration d'intention" précisant éventuellement la date de la proclamation d'indépendance. L'Union européenne, qui n'a pas caché que sa préférence allait à M. Tadic, redoute qu'une éventuelle victoire de M. Nikolic ne précipite la déclaration d'indépendance du Kosovo, administré par l'ONU depuis 1999.
La volonté des Albanais du Kosovo de proclamer leur indépendance est soutenue par Washington et la majorité des pays de l'UE, alors que la Serbie, appuyée par la Russie, son alliée traditionnelle, est farouchement opposée à l'indépendance. Selon le sondage du CESID, M. Tadic devrait être soutenu par les minorités et les démocrates, ainsi que par une partie des électeurs qui, au premier tour, ont voté pour le candidat populiste Velimir Ilic soutenu par le Premier ministre Vojislav Kostunica, de sensibilité nationaliste.
M. Kostunica, considéré comme l'arbitre du second tour, n'a pas révélé son choix et pourrait, selon des responsables de son parti, ne donner aucune consigne de vote. M. Kostunica avait, la semaine dernière, conditionné son soutien, en demandant au président sortant de renoncer à signer avec l'UE un Accord d'association et de stabilisation si cette dernière déploie au Kosovo, comme elle le prévoit, une mission destinée à piloter la province à majorité albanaise vers l'indépendance. L'offre a été rejetée par M. Tadic.
La Russie a critiqué mardi le projet de mission de l'UE, le jugeant "contraire" aux résolutions de l'ONU, lourd de "conséquences néfastes" et augurant une "réaction adéquate". Le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Kamynine, a déploré les "préparatifs de pays occidentaux" visant à "envoyer, en contournant le Conseil de sécurité de l'ONU, une mission de l'UE au Kosovo et à renforcer le mandat de la composante militaire de l'opération de maintien de paix" dans la province. MM. Tadic et Nikolic devaient s'affronter mercredi soir lors d'un débat télévisé qui pourrait s'avérer décisif alors que la présidentielle de dimanche est considérée comme un référendum pour ou contre l'intégration de la Serbie à l'UE. (afp)


