Des millions de Boliviens se lancent samedi dans les festivités de leur immense carnaval qui embrase quatre jours durant toutes les régions du pays andin auquel il donnera l'air d'oublier ses profondes rivalités politiques et le drame des récentes inondations.
A la brésilienne
Exhubérant, tropical, dénudé, célébré à la brésilienne à Santa Cruz où la température avoisine les trente degrés, le carnaval revêt en revanche à Potosi (sud-ouest) des atours andins plus pudiques. Quant au carnaval de Oruro (sud), avec ses défilés qui s'apparentent à des processions quasi religieuses et son folklore, il a été classé au patrimoine oral de l'humanité par l'Unesco.
Inondations
Mais cette année, en plus des habituelles divisions politiques, les festivités qui, traditionnellement, déplacent une grande partie de la population, seront quelque peu assombries par le bilan des inondations de ces dernières semaines : plus de 40 morts et 120.000 sinistrés, terres et maisons sous les eaux, des routes coupées, pertes financières s'élevant à 500 millions de dollars, selon une première estimation.
Les quotidiens publient des suppléments traitant du "désastre" rappelant que l'état d'urgence a été proclamé dans trois régions, où nombre de paysans, fuyant la montée des eaux, ont dû être évacués par bateau ou en hélicoptère. Pourtant, ces mêmes journaux ne négligent pas pour autant le carnaval et publient en dépit du contraste des images festives, colorées, où s'affichent des reines de beauté aux parures flamboyantes.
"Défilés païens"
Ce décalage n'a pas été du goût du cardinal de La Paz, Mgr Julio Terrazas, qui a fustigé dans son homélie de dimanche dernier ces défilés païens et mercantiles. "On nous distrait avec le royaume enfantin, le royaume de jadis et la toute puissance du carnaval (...) si les commerçants le pouvaient, ils inventeraient même la reine des inondations" a-t-il ironisé.
Reine du carnaval
Cette charge du prélat de La Paz n'a pas empêché l'élection mercredi soir dans la chaleur de Santa Cruz, de la reine du carnaval, Gloria Mariana, au coeur d'une débauche de couleurs et de paillettes au milieu de centaines de figurants et danseurs. Dans la capitale, La Paz, où les paysans de l'altiplano viennent danser et chanter, les défilés font toujours la part belle à une sorte de Pierrot andin aux habits bicolores rouge vert et bleue.
Les paysans quechuas et aymaras de l'altiplano, appelés aussi "collas" vont oublier pour quelques jours leurs divergences avec les "cambas" les habitants, métis et blancs, des plaines agricoles, pour fêter des carnavals dont la variété reflète tant les diversités culturelles de ce pays andin. (afp)


