Donald Tusk, Premier ministre polonais et son homologue russe, Viktor Zubkov.
Moscou et Varsovie ont rivalisé d'amabilités vendredi au début de la visite en Russie du Premier ministre polonais Donald Tusk, venu renouer un dialogue au sommet gelé par une série de différends entre les deux voisins.
Entretiens chaleureux
"On m'avait prévenu à l'aéroport qu'il ferait froid mais que les entretiens seraient chaleureux. Et bien c'est chaleureux !", a lancé devant la presse M. Tusk à l'issue de ses entretiens avec son homologue russe Viktor Zoubkov. "Nous sommes prêts maintenant à discuter de toutes les questions, même les plus difficiles (...) Nous considérons que c'est un bon début et non pas le point final dans la revitalisation des relations polono-russes. Nous sommes optimistes", a-t-il ajouté.
"Tout ira bien"
"Tout ira bien !", a renchéri le Premier ministre russe dans une ambiance enjouée, appelant à "développer" les relations avec la Pologne, "notre voisin et partenaire" et à résoudre "les problèmes qui, malheureusement, se sont accumulés". Les deux pays espèrent normaliser leurs relations après une période de froid de deux ans qui a coïncidé avec le tandem conservateur des jumeaux Kaczynski à Varsovie. Ces derniers ont perdu les législatives à l'automne 2007, remportées par le libéral Donald Tusk.
Tensions
Les tensions ont culminé notamment avec un embargo russe sur la viande polonaise et un veto de Varsovie à des négociations sur un nouvel accord de partenariat entre la Russie et l'UE. Le dernier contact au plus haut niveau remontait à janvier 2005 lorsque Vladimir Poutine avait rencontré son homologue polonais, le président Aleksander Kwasniewski, en marge d'une cérémonie à l'ancien camp de la mort d'Auschwitz en Pologne.
Contrairement à son prédécesseur nationaliste Jaroslaw Kaczynski, Donald Tusk croit aux vertus du dialogue. "Nous ne voyons aucun obstacle à ce que les relations russo-polonaises soient bonnes, amicales et agréables", a lancé M. Tusk qui doit rencontrer le président russe Vladimir Poutine et son dauphin désigné Dmitri Medvedev vendredi en fin d'après-midi.
L'embargo sur la viande a été levé en décembre et Varsovie s'est montré le mois dernier prête à ouvrir la voie aux négociations entre la Russie et l'Union européenne. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont été en 2007 de 17 milliards de dollars, a fait remarquer M. Zoubkov. "La Pologne est intéressée par une protection réciproque des investissements", a indiqué de son côté M. Tusk.
Bouclier antimissile
Mais des différends de taille demeurent, dont le projet de Washington d'installer des éléments de son bouclier antimissile en Pologne jugé comme une menace à sa porte par la Russie. Varsovie est de son côté irrité par un projet russo-allemand de gazoduc Nord Stream sous la Baltique qui alimenterait directement l'Europe occidentale en gaz russe en contournant la Pologne qui sent sa sécurité énergétique menacée à long terme.
M. Tusk a récemment indiqué qu'il comptait proposer à Vladimir Poutine une modification de son tracé, pour un projet baptisé "Amber" qui transiterait à travers l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et l'Allemagne. Dès jeudi, le conseiller du président russe Vladimir Poutine, Sergueï Prikhodko, a indiqué que Moscou jugeait ce projet "ni très favorable ni acceptable" pour la Russie.
"C'est avec calme et un regard bienveillant que nous avons constaté que nos points de vue sur le gazoduc ne sont pas identiques", a répliqué vendredi M. Tusk tandis que M. Zoubkov défendait Nord Stream. "C'est un projet à l'échelle européenne destiné à assurer la sécurité énergétique du continent entier. C'est un grand et bon projet qui coûte déjà 27,5 mds de dollars. Il ne peut nuire aux intérêts de personne", a affirmé le Premier ministre russe. (belga)


