Le Premier ministre du Kosovo Hashim Thaçi devrait annoncer vendredi la date de la proclamation unilatérale d'indépendance de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise attendue dimanche, à laquelle la Serbie et la Russie sont résolument opposées.
Soucieux d'obtenir une reconnaissance rapide, M. Thaçi a indiqué à plusieurs reprises que le processus menant à la déclaration d'indépendance était géré "en coordination" avec Washington et l'Union européenne. Il a convoqué la presse vendredi à 13H30 locales (12H30 GMT) et à cette occasion "devrait annoncer la date de l'indépendance" de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise, a indiqué une source au bureau du Premier ministre.
Les Etats-Unis et plusieurs grands pays de l'UE (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie) ont déjà exprimé leur intention de reconnaître rapidement l'indépendance du Kosovo après la proclamation. Belgrade, Moscou et les Serbes du Kosovo (un peu moins de 10% de la population) ont annoncé qu'ils rejetteraient une indépendance de la province qu'ils jugent illégale.
Annulation
La Serbie a déjà "annulé" jeudi toute décision en ce sens des autorités kosovares. Tout Pristina s'attend à ce que les autorités kosovares proclament l'indépendance dimanche, à la veille d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui s'apprête à envoyer sans l'aval de l'ONU une mission dans la province, administrée depuis 1999 par la Mission des Nations unies au Kosovo (Minuk). Dans les rues de la ville, des posters sont apparus, appelant à "faire la fête avec dignité".
Tandis que les députés ont reçu l'ordre de rester près de la capitale provinciale dimanche, selon le quotidien Bota. Le Parlement du Kosovo a lui approuvé vendredi une procédure d'adoption rapide, en 24H00, des lois prévues par le plan de l'envoyé spécial de l'ONU Martti Ahtisaari qui préconise une indépendance sous "supervision internationale" et une large autonomie pour les minorités.
Conseil de sécurité
Ce compte à rebours intervient au lendemain d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la Serbie et de la Russie qui ont averti qu'elles n'accepteraient jamais l'indépendance du Kosovo. "Que ce soit clair: la Serbie n'acceptera jamais aucune violation de son intégrité territoriale. Nous ne reconnaîtrons jamais l'indépendance du Kosovo", a déclaré le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Jeremic. Le ministre a indiqué que Belgrade prendrait "toutes les mesures diplomatiques, politiques et économiques pour empêcher et inverser cette attaque directe et non-provoquée sur (la) souveraineté" de la Serbie.
Belgrade et Moscou estiment qu'une indépendance violerait la résolution 1244 du Conseil de sécurité. Approuvée en juin 1999 à la fin de la guerre entre troupes serbes et guérilla indépendantiste kosovare albanaise, elle accorde au Kosovo une "autonomie substantielle" tout en réaffirmant la souveraineté de Belgrade sur ce territoire. Le président russe Vladimir Poutine, indéfectible allié de la Serbie, a qualifié d'"immoral et illégal" tout soutien à une indépendance "unilatérale" du Kosovo.
Opposition
Belgrade et Moscou ont aussi répété leur opposition à l'envoi de la mission de l'UE au Kosovo. L'UE, divisée sur la question de la reconnaissance, est sur le point de donner, vendredi à minuit (23H00 GMT), son feu vert au lancement d'une mission de quelque 2.000 personnes (essentiellement des policiers et juristes) qui doit accompagner les premiers pas du Kosovo vers l'indépendance et prendre la relève de la Minuk.
La mission de l'ONU a été envoyée au Kosovo après qu'une campagne de bombardements de l'Otan eut contraint le président Slobodan Milosevic à retirer de la province les forces serbes, qui réprimaient depuis 1998 l'Armée de libération du Kosovo (UCK) en commettant des exactions contre la population albanaise. Une force commandée par l'Otan, la KFOR (16.000 hommes actuellement), est chargée depuis 1999 d'assurer la sécurité au Kosovo.
L'Otan a annoncé qu'elle y resterait. Les forces de l'ordre craignent surtout des incidents isolés entre communautés serbe et albanaise qui pourraient mettre le feu au poudre dans le reste du Kosovo. Une explosion d'origine indéterminée est survenue, sans faire de blessés, dans la nuit de jeudi à vendredi dans la ville divisée de Kosovska Mitrovica (nord) près d'un bâtiment de l'UE. (afp)


