Nicolas Sarkozy a défendu vendredi son idée controversée de faire parrainer des enfants tués dans la Shoah par des élèves de primaire, annonce qui a créé une nouvelle polémique à trois semaines de municipales qui s'annoncent difficiles pour la majorité.
"On ne traumatise pas les enfants en leur faisant le cadeau de la mémoire d'un pays", a assuré vendredi le chef de l'Etat, ironisant sur le "tumulte" suscité par son initiative, en général fraîchement accueillie dans les milieux enseignant, intellectuel, associatif (UEJF, Mrap, Licra) et politique. "Il s'agit d'une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries," a-t-il argumenté.
La condamnation la plus symbolique est venue d'un de ses soutiens les plus fervents durant sa campagne présidentielle, Simone Veil, ancienne déportée et présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. "Inimaginable, dramatique, injuste", s'est-elle révoltée, estimant cette mémoire "bien trop lourde" à porter pour des enfants de cet âge.
François Bayrou, président du MoDem et ancien ministre de l'Education nationale s'est élevé contre "un mélange des genres entre émotion et Histoire qui pose de lourdes questions". Le Parti Socialiste a fait entendre sa cacophonie. Son numéro un, François Hollande a approuvé le chef de l'Etat car "chaque fois qu'on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire". Son secrétaire national aux questions de société Malek Boutih a salué une initiative "opportune et utile".
"Il faut retirer" cette "idée tout à fait malvenue" a a contrario plaidé le député Pierre Moscovici, comme son collègue Patrick Bloche qui s'est interrogé sur le pourquoi de "cette surenchère". "Cette façon de faire traduit un manque de respect et une étonnante légèreté", a souligné Ségolène Royal.
Nombre de critiques voient dans l'annonce une tentative électoraliste envers la communauté juive, ou une volonté faire diversion, alors que le président est en chute libre dans les sondages et la majorité dans une passe difficile. Arlette Laguiller (LO) a accusé Nicolas Sarkozy de chercher "un bénéfice électoral", qualifié de "répugnant", le PCF dénonçant la "dernière provocation" d'un "président en difficulté". C'est "une fois de plus" un "coup médiatique," a pesté le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Quant à Jean-Marie Le Pen, président du Front national, il a jugé le projet "affreux" et "criminel".
L'UMP s'est sans surprise rangée derrière le président, ainsi que des ministres comme Hervé Morin (Défense, NC) ou Roger Karoutchi (UMP, Relations parlement). Des voix discordantes se font entendre à droite. Ainsi, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin s'est étonné d'une "idée étrange", soulignant que l'on ne pouvait "imposer la mémoire, (...) la décréter".
Le député NC Maurice Leroy, très critique, a jugé qu'il faut "laisser les enseignants travailler". Au-delà de cette seule nouvelle polémique, un front très large allant de M. de Villepin à Noël Mamère (Verts) en passant par Ségolène Royal (PS) ou François Bayrou (Modem) a appelé vendredi dans l'hebdomadaire Marianne à la "vigilance républicaine" face aux prises de position de Nicolas Sarkozy, sans toutefois le nommer, sur la religion, la laïcité ou l'immigration.
Le Premier ministre François Fillon a vivement répliqué, dénonçant "l'acharnerment que mettent certains responsables politiques qui n'ont pas été élus par les Français, pas été choisis par les Français, à tenter de déstabiliser" Nicolas Sarkozy. Et de les renvoyer à la présidentielle de 2012. (belga)


