Ambiance électrique à Pristina avant l'indépendance
L'ambiance est électrique à Pristina avant la proclamation d'indépendance du Kosovo dimanche. On ne parle que de ça. Partout des drapeaux "aigle noir sur fond rouge".
Des posters disant "MERCI" aux Etats-Unis ou à l'UE. Déjà des cris de joie et des pétards. "Eh, comment ça va ? J'attends l'indépendance !". "Tu crois qu'il va y avoir une nouvelle guerre ? Mais non, ça va être la fête!". Echanges entendus dans la rue à la volée. Et déjà, à toute occasion: "Joyeuse Indépendance !" Après avoir maintenu le suspense jusqu'à la dernière minute, le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi a annoncé que dimanche serait le "jour de grâce pour un Kosovo souverain et indépendant", soulevant des concerts de klaxons.
"C'est électrique, ça va devenir euphorique, tout le monde parle de ça", constate la serveuse d'un bar branché, Flutra Limani, 24 ans. Depuis deux ou trois jours, la ville se pare et se prépare. Des posters du gouvernement invitent la population à fêter ce jour "avec dignité pour que le Kosovo commence bien" sa nouvelle vie indépendante. D'autres disent "MERCI" aux Etats-Unis, prêts à reconnaître rapidement l'indépendance, et à l'Union européenne, qui va déployer une mission pour accompagner les premiers pas du Kosovo indépendant. "MERCI à tous les pays qui contribuent à l'indépendance du Kosovo et la soutiennent".
De plus en plus de véhicules, voitures et autobus, circulent avec des drapeaux du Kosovo à l'aigle bicéphale sur fond rouge, également étendus sur de nombreuses devantures de magasins. Drapeaux, écharpes, casquettes, t-shirts frappés de l'aigle noir se vendent comme des petits pains au stand de Fitim Bonjaku, 21 ans. "Ca marche bien, tout le monde en veut. Les gens sont si contents", dit le jeune homme sous la neige, qui a commencé à tomber après l'annonce de la date.
Régulièrement, on entend des bandes hurler "Indépendance, Indépendance" ou faire sauter des pétards. "Je suis tellement excité, c'est la naissance d'un nouveau pays, c'est indescriptible à décrire comme sentiment", dit Skender Hasani, ingénieur de 56 ans. "Mais on attend ça depuis tellement longtemps que je n'arrive pas à réaliser que cela va arriver", ajoute-t-il avec, comme d'autres, un zeste de superstition. Les Kosovars interrogés à Pristina ont une idée bien claire de ce qu'ils attendent de l'indépendance: des emplois, des investissements étrangers, l'intégration à l'UE, la liberté de franchir les frontières librement.
"Je vais me réveiller et être un autre homme, un vrai citoyen d'un vrai Etat, je vais pouvoir voyager librement !", dit, hilare, Valdrin Sopi, 15 ans, ravi à l'avance de s'enivrer ce jour-là. "Tout va être réglé, il n'y aura plus de problèmes", affirme Gramos Gollgu du haut de ses 11 ans. "Je vais avoir l'impression de venir au monde pour la deuxième fois", dit Fikrie Zhubi, une infirmière de 58 ans, qui espère récupérer son "appartement occupé par des Serbes" à Kosovska Mitrovica, dans le nord. D'autres sont plus réservés, moyennement contents à l'idée de voir le futur Kosovo indépendant sous "supervision internationale" et inquiets d'éventuelles violences entre la majorité albanaise et la minorité serbe.
"Personne n'en parle, mais après l'indépendance, j'ai le sentiment qu'il va y avoir des problèmes. Et puis cette indépendance, elle ne va pas être totale", rouspète Muzafer Shkodra, étudiant de 26 ans. Un nom, enfin, revient souvent. Celui d'Adem Jashari, le commandant légendaire de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), qui prit le maquis dès le début des années 90 avant d'être tué début 1998 par la police serbe dans l'assaut de son village qui fit 59 morts. C'est le "martyr" de la lutte pour l'indépendance auquel les Kosovars sont le plus attachés. Une affiche à son effigie dit tendrement: "C'est fait, Oncle".