La médiatisation de l'opération policière critiquée

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Par: rédaction
18/02/08 - 13h50

La médiatisation de l'opération policière de Villiers-le Bel lundi matin a suscité les critiques de Ségolène Royal, François Bayrou et du PCF alors que la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a déploré "les fuites" ayant rendu cette opération aussi médiatique.

Tout en saluant "une très belle opération, une opération très réussie, réalisée dans le calme", Mme Alliot-Marie a dit, devant des journalistes conviés pour l'occasion Place Beauvau, regretter "profondément que des fuites aient conduit à une médiatisation importante de cette opération, parce que cette médiatisation pouvait avoir des conséquences graves, nuire à (sa) bonne réalisation". En outre, a-t-elle ajouté, cette médiatisation "pouvait également mettre en jeu la sécurité des policiers et des journalistes".

"Pour autant, arrêtons l'hypocrisie, nous devions interpeller des personnes qui avaient commis des actes graves, alors cessons de polémiquer sur le fait que ce soit su, ce qui est important, c'est que cela se soit fait", a-t-elle poursuivi. L'ancienne candidate PS à la présidentielle Ségolène Royal s'est insurgée lundi matin sur France-Inter contre cette "opération policière médiatisée" avant les municipales, tandis que François Bayrou, président du MoDem, sur Europe 1, a appelé à "ne pas mélanger la justice et la mise en scène".
"Mme Royal est bien connue pour être d'une extrême discrétion médiatique, on ne la voit jamais entourée de hordes de caméras et de photographes lors de ses sorties publiques ou privées", a réagi la ministre de l'Intérieur. Elle s'est directement adressée à Mme Royal: "ce que je (lui) dis, c'est qu'au lieu de parler de dysfonctionnement de la République, elle devrait se souvenir d'une chose, c'est que s'il n'y avait pas eu ces interpellations, on aurait pu parler de dysfonctionnements graves de la République elles ont eu lieu, l'opération est réussie, les choses vont donc rentrer dans l'ordre", a conclu Mme Alliot-Marie.

Ségolène Royal a dénoncé "une opération policière médiatisée" , estimant qu'il s'agit "d'un dysfonctionnement grave de la République". "Ce qui m'étonne, c'est qu'il y a eu, semble-t-il, des caméras pour accompagner les forces de police. On connaît ça maintenant avant chaque échéance municipale, je crois que c'est un dysfonctionnement grave de la République", a déclaré sur France Inter l'ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle. "Quand des caméras accompagnent des opérations policières massives en période municipale, c'est une façon d'influencer l'opinion, de vouloir faire peur", a-t-elle ajouté.

"Il ne faudrait pas que la campagne électorale des municipales donne lieu à des opérations policières médiatisées", a insisté la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes. Selon elle, "le président de la République en revient au vieux réflexe de politique spectacle sécuritaire, parce que là où il échoue sur le plan économique et social, il veut faire croire qu'il continue à maîtriser les choses sur la question de la sécurité, ce qui n'est pas le cas". "J'espère que les Français vont sanctionner par leur vote ce type de manipulation", a-t-elle conclu.

Le Parti socialiste a exprimé des réserves sur "une opération médiatique". Les incidents dans cette commune de la banlieue parisienne, fin novembre, "devaient avoir une suite", a souligné lors du point de presse hebdomadaire du parti le secrétaire national Bruno Le Roux, rappelant notamment qu'"on avait tiré sur des policiers". "Les délinquants présumés devaient être arrêtés et poursuivis en justice", selon M. Le Roux.

Toutefois, "l'opération apparaît très largement comme une opération médiatique", a jugé le député de Seine-Saint-Denis, s'étonnant notamment que "le maire (socialiste, ndlr) de Villiers-le-Bel ait été prévenu après la presse, tard ce matin". François Bayrou a pour sa part appelé à "ne pas mélanger la justice et la mise en scène", tout en soulignant que ces faits "doivent avoir des suites". "Il est nécessaire de respecter le droit, la loi et la justice, et des incidents comme ceux qui ont eu lieu (en novembre 2007) doivent avoir des suites", a déclaré le président du MoDem sur Europe 1.

"Il semble que la presse a été conviée, et là je suis nettement plus réservé. J'ai toujours considéré que la justice ne devait pas s'accompagner d'une mise en scène. La justice, c'est fait pour obtenir l'arrestation et moins pour faire de la communication", a-t-il poursuivi. Invité à dire s'il pensait que l'opération avait été planifiée en rapport avec la campagne électorale des municipales, il a répondu: "A votre avis?". "On ne doit pas mélanger la justice et la mise en scène", a conclu M. Bayrou. Le PCF a qualifié de "gigantesque cirque médiatique" l'opération.

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