MISE À JOUR
Le porte-parole du principal parti soutenant le chef de l'Etat pakistanais Pervez Musharraf a reconnu mardi la défaite du camp présidentiel aux élections législatives et provinciales de lundi.
Défaite cuisante
Le camp du président du Pakistan Pervez Musharraf a essuyé une défaite cuisante aux législatives de lundi, qui pourrait le conduire à remettre les clefs du pouvoir de la seule puissance militaire nucléaire du monde musulman à une coalition de l'opposition.
A la mi-journée, selon des résultats partiels délivrés par la télévision d'Etat, les partis qui le soutiennent ne pouvaient plus, mathématiquement, renverser la tendance qui s'était nettement dessinée dans la nuit.
Autre surprise de ces élections législatives et provinciales: les partis islamistes fondamentalistes ont également essuyé un revers majeur par rapport à leur percée en 2002. La Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), une alliance hétéroclite de partis fondamentalistes, n'avait remporté mardi matin que trois sièges, loin des 50 dont elle disposait depuis sa percée au scrutin de 2002.
Peur
De fait, le scrutin semble marquer l'aversion d'une population, minée par la peur, pour les groupes armés proches d'Al-Qaïda et des talibans qui mènent depuis près d'un an une campagne d'attentats suicide extrêmement meurtrière dans tout le pays.
Faible participation
Ces premiers résultats ne doivent cependant pas masquer le désintérêt des Pakistanais pour des scrutins marqués par un faible taux de participation d'environ 40%, similaire toutefois à ceux des précédentes consultations.
Les partisans des deux principaux mouvements de l'opposition, le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de feu Benazir Bhutto, assassinée dans un attentat suicide le 27 décembre, et la Ligue Musulmane du Pakistan - aile Nawaz (PML-N) de l'ex-Premier ministre Nawaz Sharif, évincé en 1999 par le coup d'Etat militaire du général Musharraf - , ont pris d'assaut dès lundi soir les rues des grandes villes en criant victoire.
Dans la nuit, le porte-parole de la PML-Q ("Q" pour Qaïd-e-Azam), le parti au pouvoir depuis 2002 et principal soutien du chef de l'Etat, reconnaissait la défaite: "Les électeurs ont livré leur verdict et, en tant que démocrates, nous acceptons ce verdict", a déclaré Tariq Azeem à l'AFP.
Les chiffres de la télévision d'Etat, plaçaient en fin de matinée le PPP, la formation emmenée par le veuf de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, en tête, avec 83 sièges, suivi par la PML-N (64), loin devant la PML-Q (37) et son traditionnel allié le MQM (19). A ce stade, même si le camp Musharraf emportait la totalité des sièges encore à pourvoir, il n'atteindrait pas la majorité à l'Assemblée nationale, de 172 sièges.
Anxiété occidentale
Ces décomptes sont scrutés avec anxiété dans les capitales occidentales, en particulier par Washington qui a exercé depuis des mois des pressions intenses et inhabituelles sur M. Musharraf, son allié-clé dans la "guerre contre le terrorisme" pour éviter que ce pays de 160 millions de musulmans ne sombre dans le chaos.
Enjeu important
Il faut dire que l'enjeu est de taille, les Etats-Unis distillant ces derniers mois l'idée que l'armement nucléaire pakistanais pouvait tomber entre de mauvaises mains et répétant à l'envi qu'Al-Qaïda et les talibans afghans avaient reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, frontalières avec l'Afghanistan.
Oussama Ben Laden avait décrété personnellement le 20 septembre le djihad à Pervez Musharraf et son régime et le nord-ouest du pays est en proie à une talibanisation rampante. Les kamikazes proches d'Al-Qaïda ont fait de 2007 l'année la plus meurtrière de l'histoire du Pakistan, avec plus de 800 morts dans des attentats. Depuis début 2008, près de 150 personnes ont déjà été tuées dans une campagne de terreur qui s'était intensifiée à l'approche des élections, avec pour paroxysme l'attentat suicide qui a coûté la vie à Mme Bhutto.
Révolution
Le changement qui se dessine, M. Musharraf, réélu président le 6 octobre, n'ayant que le choix restreint entre une coalition improbable avec le PPP, la démission ou une présidence à inaugurer les chrysantèmes, est déjà en soi une révolution dans ce pays, qui a vécu plus de la moitié de ses 60 ans d'histoire sous la férule des généraux putschistes et le reste sous des gouvernements cornaqués par les militaires. "La démocratie se venge ! ", titrait mardi en Une le grand quotidien The News. (belga)


