Des observateurs étrangers quittent le Sri Lanka

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Par: rédaction
6/03/08 - 10h52

Un groupe d'observateurs étrangers, invité depuis des mois par le Sri Lanka à collaborer à des enquêtes sur les violations des droits de l'Homme dans ce pays, a annoncé jeudi son départ de l'île jugeant que Colombo ne satisfaisait pas aux critères internationaux en la matière.

Le Groupe international indépendant d'éminentes personnalités (IIGEP), créé par le président sri-lankais Mahinda Rajapakse pour enquêter sur les violations présumées des droits de l'Homme au Sri Lanka, "a décidé d'achever ses activités" dans le pays, selon un communiqué. Le Groupe "a pris cette décision (...) pour des raisons de fond", ajoute le texte, estimant que les autorités locales ne respectaient même pas les critères de base en termes d'enquête sur les plus graves violations des droits de l'Homme. Cette commission, composée de huit membres locaux et douze experts étrangers, devait se pencher sur une quinzaine de crimes attribués à l'armée ou aux rebelles séparatistes des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) qui se font la guerre depuis trois décennies.

L'IIGEP devait enquêter sur les meurtres de 17 employés de l'ONG française Action contre la Faim (ACF) en août 2006. Ce Groupe est présidé par l'ancien ministre indien de la Justice P. N. Bhagwati et le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner en faisait partie avant d'être nommé au gouvernement. L'IIGEP est composée d'experts d'Australie, du Canada, de France, de Grande-Bretagne, du Japon, des Pays-Bas, des Etats-Unis, de l'Union européenne et de la Commission des droits de l'Homme des Nations unies. Mais après avoir invité ces personnalités en 2007, Colombo s'était très vite opposé à elles à propos des procédures à suivre et sur les travaux d'une commission parallèle du chef de l'Etat sri-lankais.

"L'IIGEP estime qu'il n'existait pas un minimum de confiance nécessaire à la réussite de son travail et de celui de la commission", déplore le communiqué. "L'IIGEP ne voit pas comment la poursuite de son engagement pourrait changer cette situation", conclut-il. Parallèlement, au moins 1.500 personnes, surtout des Tamouls, ont "disparu" au Sri Lanka en deux ans, ce qui fait de ce pays en guerre l'un des pires de la planète en matière d'enlèvements et de disparitions inexpliquées, a accusé jeudi l'organisation américaine Human Rights Watch. Dans ce qu'elle qualifie de "crise nationale", HRW s'en prend directement, dans un volumineux rapport, au gouvernement sri-lankais, dont l'armée se bat depuis 35 ans contre la rébellion séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE).

"Le président (élu fin 2005) Mahinda Rajapakse, autrefois defenseur des droits de l'Homme, dirige un gouvernement qui est devenu l'un des premiers responsables au monde de disparitions forcées", a dénoncé la directrice adjointe de HRW pour l'Asie, Elaine Pearson. Depuis que les combats se sont intensifiés en 2006 entre l'armée et les Tigres tamouls, HRW estime que les forces de sécurité ont enlevé ou tué des "centaines d'individus", évaluant ce nombre à 1.500 pour les années 2006 et 2007. L'organisation basée à New York ne précise pas comment elle a rassemblé ces informations.

Le nord du Sri Lanka, dont une partie est contrôlée de facto par les insurgés, est inaccessible aux journalistes et aux travailleurs humanitaires. Le bilan des combats quotidiens dans le nord est fourni par le ministère de la Défense, revendiquant la mort de dizaines de combattants tamouls chaque jour, mais ces statistiques sont invérifiables de sources indépendantes. Pour HRW, les personnes "disparues" sont le plus souvent victimes de tortures avant d'être exécutées, la plupart du temps par des membres des forces de sécurité. Pour l'essentiel, les victimes sont des Tamouls, mais aussi des musulmans ainsi que des membres de la majorité cinghalaise.

En août dernier, l'organisation britannique de défense des droits de l'Homme Amnesty International affirmait aussi que des centaines de personnes avaient disparu depuis 2006 au Sri Lanka. Déjà en juin, une commission d'enquête nationale avait reconnu que plus de 1.300 civils avaient été assassinés ou avaient disparu entre septembre 2006 et février 2007. (afp)

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