Le Commissaire européen au développement, Louis Michel, est attendu jeudi à La Havane pour un premier contact officiel avec le nouveau gouvernement de Raul Castro, en vue d'un rapprochement après la signature par Cuba de deux conventions internationales sur les droits de l'homme et d'éventuels changements dans l'île communiste.
Mais la visite de l'envoyé européen, qui n'avait toujours pas été annoncée officiellement mardi à La Havane, devrait être marquée du sceau d'une "extrême prudence sur toute sa dimension politique", a indiqué un diplomate européen. Aucune rencontre avec le nouveau numéro un cubain, Raul Castro, ne semblait encore prévue, selon le programme de la visite, qui continue de faire l'objet de discussions avec les autorités cubaines, a indiqué à l'AFP le représentant de l'Union européenne à Cuba, l'Espagnol Javier Niño.
En annonçant la semaine dernière à Bruxelles sa visite, le porte-parole du Commissaire européen s'était contenté de "prendre note" du retrait de Fidel Castro, le 19 février, de la scène politique, et avait souhaité "engager un dialogue politique constructif avec (son) successeur" afin d'"améliorer et approfondir les questions d'intérêt commun, comme l'environnement et le changement climatique". De fait, Louis Michel devrait "explorer" avec les autorités cubaines les voies d'une reprise de la coopération entre Cuba et l'UE dans des domaines tels que les sciences et la technologie ou la prévention des catastrophes naturelles, a-t-on indiqué de source diplomatique.
La coopération Cuba-UE est encore largement bridée par les réserves politiques européennes en matière de droits de l'homme, après les sanctions politiques infligées à l'île communiste en 2003 à la suite des lourdes condamnations de 75 dissidents. Cuba a signé jeudi dernier à l'ONU deux accords internationaux sur les droits de l'Homme, premier engagement international de son nouveau président Raul Castro. La dissidence cubaine a aussitôt émis des doutes sur la véritable portée de ce geste, jugé "positif" par la présidence slovène de l'UE. Aucune indication n'avait filtrée mardi sur une éventuelle rencontre entre le Commissaire européen et la dissidence cubaine.
"La visite de (Louis) Michel n'avait rien apporté il y a trois ans, et celle-ci n'apportera rien non plus", a déclaré mardi à l'AFP le dissident Vladimiro Roca, ancien prisonnier politique, qui avait rencontré en 2005 le Commissaire européen. Au contraire, "tout à empiré depuis", a-t-il ajouté. Mais pour l'opposant social-démocrate Manuel Cuesta Morua, c'est au contraire une visite "très opportune" et qui "peut apporter" des améliorations quant au respect des droits de l'homme. Fort de ses bons contacts personnels avec les dirigeants cubains, Louis Michel, dont ce sera la deuxième visite à Cuba en sa qualité de Commissaire au développement, devrait rencontrer vendredi son hôte, le ministre des Relations extérieures Felipe Perez Roque, ainsi que le président du Parlement Ricardo Alarcon.
Cuba est le seul pays d'Amérique latine avec lequel l'UE n'a pas d'accord-cadre de coopération, en raison de la "Position commune" européenne de 1996 exigeant de l'île communiste des élections libres et le respect des droits de l'homme. Des "conditions inacceptables" aux yeux de La Havane, qui y voit un alignement sur Washington. (afp)


