Epuisée par quatre années sur la brèche, la Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, la Canadienne Louise Arbour a annoncé qu'elle quitterait son poste fin juin sans solliciter un nouveau mandat.
Après avoir informé le secrétaire général des Nations Unies, Mme Arbour a présenté vendredi son dernier rapport annuel devant le Conseil des droits de l'Homme réuni à Genève. La Haut commissaire, 61 ans, a assuré qu'elle avait pris cette décision "essentiellement pour des raisons personnelles" et non en raison des attaques parfois virulentes dont elle a été la cible.
Violations
"Ce travail est très dur (...). Je ne suis pas prête à me consacrer à cet engagement pour encore quatre ans", a-t-elle dit. Pour le moment elle rêve de se consacrer au jardinage... "Mais je sais que ce n'est qu'un rêve, que ce n'est pas pour moi", a commenté Mme Arbour. La Haut commissaire a dû faire face aux critiques des Etats-Unis et de nombre de pays en voie de développement dont elle a dénoncé les violations des engagements en matière de droits de l'Homme.
"Les pressions s'exercent par des critiques publiques, mais je ne fais pas l'objet d'obscures pressions secrètes", a-t-elle assuré. Certaines attaques "extrêmement injustes" l'ont "blessée", a-t-elle reconnu, "surtout quand cela touche à l'intégrité" ou lorsqu'elles visent "sur un ton méprisant" ses collaborateurs déployés sur le terrain. "Je ne renonce pas à un second mandat à cause de ces critiques, bien au contraire: je dois me raisonner pour résister à la tentation de rester pour y faire face", a-t-elle insisté.
Successeur
Mme Arbour a admis que des tensions existaient avec le Conseil des droits de l'homme, dont certains Etats membres voudraient bien voir le Haut commissariat sous leur coupe. "C'est un débat institutionnel très complexe: le Haut commissariat dépend du secrétaire général, et le Conseil est un organe subsidiaire de l'Assemblée générale de l'ONU. Ce débat n'est pas fini, ça ne fait que commencer", a-t-elle prévenu. Evoquant sa succession, Mme Arbour a estimé qu'il serait "très utile" que le prochain Haut commissaire soit issu d'un pays en développement.
"On doit représenter le monde. (...) C'est important que le haut commissariat en général et son représentant ou sa représentante soit un miroir des attentes de toute la communauté qu'il doit servir", a-t-elle dit. Pour elle, son successeur devrait présenter "une image qui le rapproche des détenteurs de droits dans les pays ou les régions qui se sentent les plus éloignés de nos efforts", a-t-elle expliqué. Son plus grand regret, a-t-elle dit, est de ne pas avoir réussi à mener à bien son projet de réunir et coordonner les organes de l'ONU chargés de superviser les différents traités et conventions en matière de droits de l'Homme.
Réussites
"J'ai été vraiment en avance sur mon époque: cela se fera... dans 15 ans", a prédit Mme Arbour. Au chapitre des réussites, la Haut commissaire inscrit la coopération qui s'est nouée entre ses services et les missions de maintien de la paix qu'elle a convaincues de remettre des rapports publics réguliers. La Haut commissaire, dont le mandat arrive à échéance le 30 juin, avait remplacé en juillet 2004 le Brésilien Sergio Vieira De Mello, tué dans un attentat au camion piégé contre le quartier-général de l'ONU à Bagdad le 19 août 2003. Mme Arbour était devenue mondialement célébre en mai 1999 en inculpant l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic de crimes contre l'humanité au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI) dont elle était le Procureur.


