Quelque 3.000 tonnes d'ordures s'accumulaient toujours à Naples (sud de l'Italie) samedi, à mi-chemin de l'échéance de quatre mois fixée par le gouvernement pour résoudre la crise, devenue l'un des thèmes phares de la campagne pour les législatives d'avril.
Le centre-ville a été largement nettoyé deux mois après la phase critique de janvier, lorsque ses rues croulaient sous les immondices, mais de gros tas d'ordures jaillissent encore dans le quartier d'affaires de la "city" napolitaine, ses faubourgs et la périphérie.
Dépassés
"La situation est toujours critique. Le cycle de traitement des déchets fonctionne mal, les décharges sont saturées, et le premier incinérateur ne sera pas opérationnel avant un an. Nous sommes complètement dépassés", a indiqué Pasquale Losa, président de l'Asia, la société chargée du ramassage des déchets.
"Lundi il y avait près de 4.500 tonnes dans les rues, comme au plus fort de la crise. Nous avons fait un ramassage d'urgence, et nous le faisons régulièrement, dès qu'il y a de la place disponible dans les décharges et dans des sites de stockage provisoires", explique-t-il.
Impact
Conséquence de la crise des déchets, le restaurant Caruso du grand hôtel Vesuvio fermera ses portes dimanche, faute de clients. Symbole d'une industrie du tourisme à l'agonie, le Caruso, avec sa vue à couper le souffle sur le golfe de Naples et le Vésuve, ferme "pour une durée indéterminée" et "sera occasionnellement ouvert dans le cas de réservations de groupes".
Le chef du gouvernement Romano Prodi, qui a démissionné le 24 janvier, a adopté début 2008 des mesures pour "régler de façon définitive" la crise, nommant un commissaire extraordinaire ad-hoc, Gianni De Gennaro. Ce dernier a dû renoncer à ouvrir plusieurs sites de stockages qui présentaient des risques pour l'environnement. L'utilisation d'autres sites sont à l'étude, ainsi que l'envoi de près de 200.000 tonnes de déchets en Allemagne.
Mise en examen
Naples et sa périphérie sont régulièrement envahies par les ordures depuis 1994 en raison de dysfonctionnements chroniques, largement dus à l'infiltration de la mafia napolitaine, la Camorra, dans le juteux marché du recyclage des déchets. Le président de la région de Naples Antonio Bassolino et 27 autres responsables ont récemment été mis en examen pour des irrégularités présumées dans la gestion des déchets. Leur procès doit s'ouvrir le 14 mai.
La Commission européenne avait donné fin janvier un mois à Rome afin de prouver qu'elle faisait le nécessaire pour résoudre la crise, prévenant qu'elle saisirait la justice européenne dans le cas contraire. L'Italie a répondu il y a une semaine à Bruxelles, qui ne devrait pas donner sa réponse avant début mai.
La crise des ordures est devenue l'un des thèmes centraux de la campagne pour les législatives des 13 et 14 avril. Le chef de la droite Silvio Berlusconi a affirmé qu'il en ferait sa priorité s'il était élu, accusant la gauche au pouvoir dans la région de Naples de mauvaise gestion.


