L'opposante birmane Aung San Suu Kyi a pu brièvement quitter lundi la maison où elle est confinée à Rangoun pour un nouvel entretien avec le médiateur de l'ONU Ibrahim Gambari qui achevait une mission difficile dans ce pays gouverné depuis 45 ans par des généraux.
Mme Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, avait déjà pu s'entretenir pendant une heure et vingt minutes samedi avec M. Gambari dans une résidence gouvernementale. L'entretien de lundi, qui a duré 45 minutes, s'est déroulé au même endroit, a précisé un responsable birman sous couvert de l'anonymat.
Médiation
Avant cette deuxième rencontre en moins de 48 heures, le diplomate nigérian avait eu de nouvelles discussions avec le ministre birman de l'Information, le général Kyaw Hsan, qui l'avait accusé vendredi de "partialité" en faveur de Mme Suu Kyi. M. Gambari devait quitter Rangoun lundi en fin d'après-midi. L'envoyé spécial de l'ONU était arrivé jeudi en Birmanie pour une nouvelle mission de médiation, alors que le régime militaire organisera en mai un référendum sur un projet de constitution, élaboré sous son contrôle et qui pourrait rendre Mme Suu Kyi inéligible au motif controversé qu'elle a été mariée à un étranger.
Conditions
Lors d'une rencontre lundi avec des diplomates occidentaux, M. Gambari a indiqué qu'il avait été "déçu" de ne pas avoir été reçu à un plus haut niveau par la junte. Le médiateur a dit que les discussions avec des responsables gouvernementaux avaient été "franches" et que la question des sanctions avait été "centrale". Le régime militaire semble conditionner tout progrès en vue de réformes politiques à la levée des sanctions occidentales, notamment américaines et européennes.
Dans des déclarations publiques au cours des derniers jours, la junte a fait preuve de fermeté sur son intention d'organiser en mai un référendum constitutionnel sous haute surveillance qui ouvrirait la voie à des "élections démocratiques multipartites" en 2010. Une loi sur l'organisation du référendum, promulguée le mois dernier, interdit tout discours négatif ou tout tract hostile, sous peine de trois ans de prison.
Crédibilité
Des pays occidentaux ont estimé que les projets électoraux du régime manqueraient de crédibilité s'ils n'étaient pas libres et transparents et s'ils n'incluaient pas Mme Suu Kyi et l'opposition. Il s'agit de la troisième mission de médiation de M. Gambari en Birmanie depuis la répression sanglante en septembre d'un mouvement de protestation populaire conduit par des moines bouddhistes.
Mme Suu Kyi, 62 ans, dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et lauréate du Prix Nobel de la Paix, a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années. En 1990, la LND avait très largement remporté des élections législatives, mais les militaires avaient refusé de transférer un pouvoir qu'ils détiennent depuis 1962, et avaient ordonné l'arrestation de Mme Suu Kyi.
Peu d'avancées
Le médiateur de l'ONU Ibrahim Gambari a quitté la Birmanie lundi à l'issue d'une mission de cinq jours au cours de laquelle il a pu rencontrer deux fois l'opposante détenue Aung San Suu Kyi, sans obtenir de concessions tangibles sur le fond de la part du régime militaire.
"On a l'impression qu'il n'a pas obtenu grand chose", a déclaré, sous couvert de l'anonymat, un diplomate occidental qui a participé à une réunion avec M. Gambari au dernier jour de sa visite, la troisième depuis la répression brutale en septembre de manifestations populaires emmenées par des moines bouddhistes. Le mois dernier, la junte a brusquement annoncé son intention d'organiser en mai un référendum sur une nouvelle Constitution, qui ouvrirait la voie à des élections législatives multipartites en 2010.


