Un prêtre condamné à la prison à vie

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Par: rédaction
12/03/08 - 18h33

Le premier prêtre catholique jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, l'abbé Athanase Seromba, a été condamné mercredi en appel à la prison à vie pour son rôle dans le génocide rwandais et dans la mort d'environ 1.500 Tutsis réfugiés dans son église.

L'abbé, vicaire de la paroisse de Nyange (ouest) pendant le génocide de 1994, a été condamné pour génocide et un crime contre l'humanité (extermination) par le TPIR, alors que le rôle des Eglises, particulièrement de l'Eglise catholique, dans le génocide suscite toujours de vives polémiques. Il avait plaidé non coupable.

"La chambre annule unanimement la peine de quinze ans de prison et impose, à la majorité, l'emprisonnement pour le restant de sa vie", selon l'arrêt rendu par le juge guyanais Mohamed Shahabuddeen.

Le 13 décembre 2006, l'abbé, un Hutu aujourd'hui âgé de 45 ans, avait été condamné en première instance à quinze ans de prison pour "aide et encouragement" à commettre les crimes de génocide et d'extermination.

Mais les juges d'appel ont conclu que sa responsabilité allait au-delà de l'aide et de l'encouragement, estimant qu'il avait accepté la décision des autorités administratives locales de détruire son église de Nyange. "Seromba savait qu'environ 1.500 réfugiés se trouvaient à l'intérieur de l'église", a indiqué la chambre d'appel, concluant que l'abbé "a commis le génocide ainsi que l'extermination en tant que crime contre l'humanité en vertu de son rôle dans la destruction de l'église". L'effondrement de l'église, le 16 avril 1994, avait tué environ 1.500 Tutsis qui y avaient cherché refuge. Le génocide rwandais a fait, selon l'ONU, environ 800.000 morts d'avril à juillet 1994, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.

La chambre d'appel a confirmé une autre conclusion du premier jugement selon laquelle l'abbé Seromba avait conseillé au conducteur d'un bulldozer d'attaquer l'édifice religieux par son côté le plus fragile.
C'est la troisième fois dans l'histoire du TPIR que la chambre d'appel alourdit une peine prononcée en première instance.

Après le génocide, le religieux s'était réfugié brièvement dans l'ex-Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo), puis au Kenya avant d'être accueilli en Italie, dans le diocèse de Florence, qui lui avait permis d'exercer dans un village de Toscane. A la suite de pressions internationales et d'un mandat d'arrêt du TPIR en 2001 que l'Italie avait refusé d'exécuter, le prêtre s'était rendu au TPIR en février 2002 "pour que la vérité se manifeste", selon lui.

Deux autres prêtres rwandais catholiques, Emmanuel Rukundo et Hormisdas Nsengimana sont en procès devant le TPIR. Un quatrième abbé rwandais inculpé, Wenceslas Munyeshyaka, pourrait être jugé en France, le TPIR s'étant dessaisi du dossier au profit de la justice française.

Le rôle de l'Eglise catholique dans le génocide rwandais reste controversé. Lors des pogroms anti-tutsis de 1959 et de 1962 au Rwanda, les Tutsis qui s'étaient réfugiés dans des églises ont eu la vie sauve. Trois décennies plus tard, ils avaient donc afflué par dizaines de milliers dans des églises pour tenter d'échapper à leurs bourreaux. Mais, cette fois-ci, pour y mourir, souvent brûlés vifs ou écrasés par des bulldozers. Selon l'ONG African Rights, plus de Rwandais ont péri dans les paroisses (église et les bâtiments avoisinants) que partout ailleurs dans le pays.

Le TPIR, basé à Arusha (Tanzanie), est chargé de rechercher et juger les principaux responsables du génocide rwandais. Il a, à ce jour, prononcé trente condamnations et cinq acquittements. (afp)

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