Le premier ministre polonais, Donald Tusk, reproche aux frères Kaczynski d'avoir rompu un accord tacite sur la ratification du Traité de Lisbonne.
Eclipsés par leur défaite électorale de l'automne, les frères jumeaux polonais Kaczynski ont décidé de se rappeler au souvenir des dirigeants de l'UE en menaçant soudain de bloquer la ratification du traité de Lisbonne, qu'ils avaient pourtant eux-même négocié.
Euroscepticisme
Le chef de l'opposition conservatrice, l'ex-Premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski, a profité du débat parlementaire sur la ratification pour revenir franchement à l'euroscepticisme qu'il avait mis un peu en veilleuse lorsqu'il dirigeait les affaires.
Il a réclamé pour donner le feu vert de son parti à la ratification l'adoption par le parlement polonais d'un préambule à la loi de ratification stipulant la primauté de la Constitution polonaise sur le Traité européen. Le texte doit dire que "la République polonaise reste et restera un Etat souverain". "Si on décide de faire passer en force la version de la ratification proposée par le gouvernement, nous serons obligés de voter contre ou au moins nous abstenir, ce qui revient au même", a déclaré jeudi Jaroslaw Kaczynski.
Atout
L'ancien Premier ministre a un atout en poche: la ratification du traité doit être votée à une majorité qualifiée des deux tiers. Or, le parti Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski et de son frère Lech, président de la République, dispose d'un peu plus d'un tiers des 460 sièges, avec 159 députés. Mathématiquement, le PiS est donc en mesure de pouvoir bloquer la ratification du traité et de mettre à mal le savant édifice créé par les dirigeants européens pour sortir de l'impasse de la Constitution européenne, rejetée en 2005 par les Français et les Néerlandais.
Même si les jumeaux sont des adeptes du coup de théâtre, la sortie de Jaroslaw Kaczynski a surpris car il a lui-même négocié les termes du traité, en tandem avec son frère, avant sa défaite lors des législatives anticipées d'octobre 2007. Les deux frères avaient alors clamé avoir remporté un grand succès pour la Pologne.
Donald Tusk s'emporte
Fort d'une popularité sans égal depuis la chute du communiste, le Premier ministre libéral Donald Tusk s'est emporté: "Les Kaczynski ont dépassé les bornes. Je ne les laisserai pas faire". Il a reproché aux jumeaux d'avoir rompu un accord tacite passé en novembre. Donald Tusk avait accepté de ne pas revenir sur la décision des Kaczynski de ne pas faire adhérer la Pologne à la Charte européenne des droits fondamentaux en échange d'une ratification sans problème au parlement.
Le directeur de cabinet du Premier ministre, Slawomir Nowak, a menacé les Kaczynski d'organiser un référendum. Etant donné l'enthousiasme actuel des Polonais pour l'UE, les frères Kaczynski risqueraient d'essuyer une défaite cuisante. "Si le PiS était au pouvoir, il ratifierait le Traité rapidement et sans bruit", estimait jeudi l'éditorialiste Piotr Semka dans le quotidien Rzeczpospolita. "Mais, comme leader de l'opposition, Kaczynski préfère suggérer qu'il ne veut pas être responsable de ce Traité."
Plusieurs analystes estiment que cette volte-face est inspirée par le souci de Jaroslaw Kaczynski de se concilier la puissante radio ultracatholique Radio Maryja. "Le PIS est divisé, une fraction anti-européenne avec des députés du second ou troisième rang, inspirés par Radio Maryja menacent Kaczynski", estime ainsi le politologue Kazimierz Kik.
"Face à un risque d'une décomposition du PiS, Jaroslaw Kaczynski cherche à durcir sa position. Il est l'otage de son propre parti, et le parti est l'otage de Radio Maryja", dit-il. "Au fond, Jaroslaw Kaczynski aimerait être d'accord avec le traité, mais il ne peut pas. Il aimerait d'autant plus qu'il met son frère le président Lech Kaczynski dans une position délicate". (belga)


