Une enquête du Pentagone a fait apparaître l'existence de plusieurs dizaines d'enregistrements d'interrogatoires de détenus, dont l'un montre un prisonnier bâilloné pour l'empêcher de psalmodier, ont annoncé jeudi des responsables militaires.
Le sous-secrétaire à la Défense chargé du renseignement James Clapper a ordonné fin janvier un examen des pratiques militaires en matière d'enregistrement, après la révélation de la destruction par la CIA d'enregistrements vidéo sensibles. Selon un rapport universitaire publié en février et citant des documents officiels, plus de 24.000 interrogatoires de terroristes présumés menés à Guantanamo ont été filmés. "Ce que nous avons trouvé c'est qu'il n'y a pas d'utilisation répandue de l'enregistrement vidéo", a dit Geoff Morrell, le porte-parole du Pentagone.
Mais les unités militaires qui ont utilisé cet outil pour enregistrer les interrogatoires ont reçu l'ordre de détruire les vidéos dans les 90 jours "à moins qu'il y ait une raison de les conserver", a dit un autre porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman. "Et évidemment, s'il y avait le moindre signe de sévice, ce serait une bonne raison de les conserver", a renchéri Geoff Morrell. "Nous n'avons rien vu, rien qui puisse suggérer qu'il y avait des sévices". Il a précisé que "moins de 50" enregistrements vidéo avaient été identifiés jusqu'ici, presque tous relatifs aux interrogatoires des détenus soupçonnés de terrorisme Jose Padilla et Ali al-Marri à la prison militaire de Navy Brig à Charleston (Caroline du sud, sud-est).
Un porte-parole de l'Agence de renseignement de la défense (DIA) a reconnu que l'un de ces enregistrements montrait M. al-Marri, citoyen qatari soupçonné d'être un "combattant ennemi", en train d'être bâillonné avec un adhésif par ceux qui l'interrogeaient. "Sa bouche a été scotchée. Il psalmodiait très fort, perturbant l'interrogatoire. On lui a demandé d'arrêter, on lui a dit que s'il n'arrêtait pas de psalmodier si fort, alors il serait bâillonné", a dit le porte-parole Don Black. "Il a continué à réciter ses psaumes et sa bouche a été scotchée", a-t-il ajouté. "Cet individu ne voulait pas être bâillonné. Est-ce qu'il a été frappé, est-ce qu'il a été giflé? Non, cet individu n'a pas subi de sévices physiques", a poursuivi Don Black.
Il a ajouté que c'était le seul enregistrement de cette nature, précisant que la vidéo avait été revue par le directeur de la DIA. Bryan Whitman a précisé qu'"une poignée" d'autres enregistrements réalisés sur la base américaine de Guantanamo (Cuba) avaient été préservés sur un ordre de 2005. Le Commandement américain pour le Moyen Orient et l'Asie centrale, qui couvre l'Irak et l'Afghanistan où des milliers de personnes ont été détenues, n'a pas encore fini son examen, a ajouté Geoff Morrell, qui souligne "attendre son rapport complet" avant d'être plus précis.
"Mais à ce stade, je pense qu'une juste évaluation du nombre de vidéos serait en deçà de 50", a-t-il dit. Une enquête criminelle a été ouverte sur la destruction d'enregistrements vidéo d'interrogatoires de membres d'Al-Qaïda par la CIA. Fin 2007, le directeur de l'Agence de renseignement américaine, Michael Hayden, avait reconnu que ses services avaient détruit en 2005 plusieurs bandes enregistrées en 2002 et sur lesquelles des enquêteurs chargés d'interrogatoires utilisaient des techniques très controversées. (belga)


