Le procureur de la Cour de cassation turque a déposé vendredi devant la Cour constitutionnelle une demande d'interdiction du Parti au pouvoir de la justice et du développement (AKP) en raison "d'activités allant à l'encontre de la laïcité", a rapporté l'agence de presse Anatolie.
Le procureur Abdurrahman Yalçinkaya a transmis à la Cour constitutionnelle un acte d'accusation dans lequel il accuse le parti du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan d'être "devenu un foyer d'activités allant à l'encontre de la laïcité", selon Anatolie. La Cour constitutionnelle est habilitée à interdire les formations politiques.
La démarche du procureur intervient alors que l'AKP, issu de la mouvance islamiste, et un parti d'opposition ont voté au Parlement une réforme autorisant le port du voile islamique dans les universités, prohibé depuis une dizaine d'années en vertu d'une jurisprudence de la Cour constitutionnelle. La réforme, promulguée fin février, a semé la confusion dans les universités, certains établissements acceptant l'entrée d'étudiantes voilées, d'autres annonçant qu'ils n'appliqueraient pas la réforme.
Certains recteurs ont indiqué qu'ils maintiendraient l'interdiction jusqu'à ce qu'une réglementation détaillant le code vestimentaire autorisé -et excluant les symboles les plus ostentatoires d'un islam radical, comme le tchador ou la burqa- soit adoptée. A l'origine de la polémique, on retrouve la crainte chez les défenseurs de la laïcité -particulièrement influents au sein de l'armée, de la magistrature et de l'administration des universités- d'une islamisation rampante de la Turquie, pays à la population musulmane à plus de 99% mais au régime laïc.
L'AKP, qui se définit comme un parti "démocrate conservateur", défend la réforme au nom de la liberté de convictions religieuses et du droit à l'éducation. M. Yalçinkaya avait déjà affirmé en janvier son opposition à la réforme, estimant que ses partisans avaient "l'objectif de modifier le caractère laïc de la République". Plusieurs partis islamistes, dans les rangs desquels plusieurs cadres de l'AKP dont M. Erdogan ont fait leur classe, ont dans le passé été interdits par la justice.


