Le boom économique au Tibet ne profite pas à tous
Le Tibet connaît un boom économique, provoqué par des investissements chinois massifs, mais les fruits de la croissance profitent plus aux Hans qu'aux Tibétains.
Sur dix yuans dépensés par le gouvernement régional du Tibet dans son budget, neuf viennent du gouvernement central, expliquait en juin dernier le président de la région du Tibet, Qiangba Puncog. Jusqu'en 2010, Pékin prévoit d'investir, chaque année, 77,8 milliards de yuans (près de 7 milliards d'euros).
CroissanceDans le cadre plus général du développement de l'Ouest chinois défavorisé, le Tibet a bénéficié d'une forte croissance, de plus de 12%, entre 2001 et 2006, selon les chiffres officiels. Le secteur public, qui représente 60% de l'économie, tire largement cette croissance, avec notamment des salaires plus élevés pour les fonctionnaires chinois afin de les attirer.
Outre les grands projets d'infrastructures de ces dernières années, comme le chemin de fer inauguré en 2006, les villes sont les plus concernées par ce boom, avec le développement du secteur de la construction. A Lhassa, selon les derniers chiffres officiels de 2005, le revenu annuel est de 10.272 yuans, contre 8.700 yuans pour l'ensemble du Tibet.
InégalitésCependant, des experts étrangers n'ont cessé de mettre en garde contre les fortes inégalités provoquées par cette croissance. "Tout l'argent qui afflue dans la zone arrive par l'intermédiaire des sociétés chinoises, tout est contrôlé par des gens de l'extérieur, dans ce contexte, vous avez une croissance rapide mais la population locale en est privée", constate Andrew Fischer, un économiste spécialiste du Tibet, à l'Institut des études sur le développement de Londres.
"Sur les 10 à 15 dernières années, cette stratégie économique a produit une inégalité croissante rapide, beaucoup plus forte que dans le reste de la Chine", dit-il. Dans les villes, comme Lhassa ou Shigatse, où se trouvent les opportunités économiques, "les Chinois dominent la plupart des activités économiques", explique le spécialiste.
Ressentiment"Dans la construction du chemin de fer, où il y a eu des milliers d'emplois, il y a eu une poignée de Tibétains employés", affirme Anne-Marie Blondeau, chercheur au Centre de documentation sur l'aire tibétaine de Paris. D'où un ressentiment de la population tibétaine.
"Cela a créé une double société, avec un abîme entre les deux. Il y a dans les villes les Chinois et les Tibétains qui profitent du système, qui s'enrichissent parce qu'ils sont dans le commerce ou dans les bureaux. Et puis il y a un prolétariat tibétain dans les villes qui n'a pas de boulot et un prolétariat tibétain dans les campagnes écartés de tout progrès", constate Mme Blondeau.
TourismeOfficiellement, les Tibétains représentent 87% du demi-million d'habitants de la capitale tibétaine, mais, selon les groupes pro-tibétains à l'étranger, les statistiques ne recensent pas les migrants chinois, qui ouvrent des restaurants et des magasins profitant de la manne du tourisme.
"La frustration est certes liée au nationalisme et à la question du dalaï lama, mais c'est aussi une frustration sociale et économique, tous les postes sont pour les Chinois", assure-t-elle. Le secteur touristique a généré un revenu de 4,8 milliards de yuans en 2007 (450 millions d'euros), selon le département du tourisme du gouvernement régional, en hausse de 75,1% par rapport à 2006.