Les récents événements au Tibet et dans les régions voisines ont fait officiellement 19 morts à Lhassa, dont 18 civils, "des innocents tués par des émeutiers", et un policier, mais on ne connaîtra peut-être jamais le nombre total de victimes.
Une semaine après la violente insurrection d'une partie de la population de la capitale tibétaine, le discours des autorités ne varie pas. La chape de plomb au Tibet et dans les zones tibétaines des provinces de l'ouest tient bon. "Il n'y a qu'une seule version et le Parti (communiste) va décider que c'est la vérité historique, il ne bougera pas de cette ligne", explique Nicholas Bequelin, de l'organisation Human Rights Watch.
Selon le gouvernement, aucun coup de feu n'a été tiré contre des manifestants le 14 mars à Lhassa. Aucune autre victime n'a été recensée au Tibet et dans d'autres régions tibétaines où de nombreux témoignages ont fait état de mouvements - photos et vidéos à l'appui - réprimés violemment parfois.
Les Tibétains exil parlent de 100 morts, voir de centaines.
Rien que dans la province du Sichuan (sud-ouest), la répression dans le district tibétain de Ngawa a fait au moins treize morts dimanche, selon des groupes pro-tibétains.
Les autorités ont fini par reconnaître jeudi que des "émeutes" avaient secoué cette province, où la police a tiré "en légitime défense" et fait des blessés, et aussi dans celle du Gansu (nord-ouest). Un aveu tardif et une nouvelle charge médiatique contre la "clique du dalaï lama".
"Nous avons reçu des images de gens qui sont morts près du monastère de Kirti à Ngawa", répond Kate Saunders de Campagne Internationale pour le Tibet.
Depuis plusieurs jours, les groupes pro-tibétains publient des photos de manifestations et de ce qu'ils affirment être la répression qui a suivi. Des clichés parfois insoutenables. Les autorités chinoises accusent, comme souvent, la presse étrangère de déformer la réalité.
"Certains articles ne correspondent pas aux faits (....) nous souhaitons que que les journalistes fassent preuve d'objectivité", a déclaré jeudi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang.
Mais les journalistes sont interdits de Tibet et ne peuvent pratiquement pas accéder aux régions tibétaines des provinces du Sichuan, du Gansu, du Qinghai, pourtant ouvertes en temps normal.
Interrogée au téléphone vendredi, une responsable de la police de Ngawa a indiqué ne "pas accepter les interviews".
Les rares journalistes qui sont passés à travers les mailles du filet policier ne peuvent pas travailler librement et décrivent des déploiements de troupes, des patrouilles dans les villes et villages.
Des témoins racontent les ratissages des forces de l'ordre dans les quartiers tibétains de Lhassa, des arrestations. Et après, que se passe-t-il?
Est-il possible de savoir et saura-t-on un jour combien ces nouveaux événements sur le "Toit du Monde" ont fait de morts? "J'aimerais vous dire autre chose, mais je crois malheureusement que la réponse est non", déclare M. Becquelin.
Les images de ces insurrections, marquant le 49ème anniversaire du soulèvement de Lhassa contre le pouvoir chinois, ont rappelé celles de mars 1989 dans une région alors dirigée par Hu Jintao, l'actuel numéro un chinois.
Pour la presse de l'époque, les manifestants étaient des "émeutiers". La "clique du dalaï lama" était déjà l'instigatrice d'un complot. Le bilan officiel, contesté par les Tibétains, fut de onze morts. Quelques semaines plus tard, éclatait le mouvement pour la démocratie de Pékin. Il s'acheva dans le sang sur la place Tiananmen, dans la nuit du 3 au 4 juin. 200 à 300 tués, selon les autorités. Combien exactement? (belga)
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