Les députés polonais ont approuvé mardi la ratification du traité de Lisbonne, mettant fin à une impasse politique de plusieurs semaines provoquée par le parti conservateur des frères Kaczynski, inquiet au sujet des conséquences légales de l'adoption de ce texte.
Par une forte majorité de 384 voix, avec seulement 56 voix contre et 12 abstentions, la Diète (chambre basse) a adopté une loi autorisant le président Lech Kaczynski à ratifier le traité européen. La ratification est devenue possible grâce à un accord négocié pendant le week-end par le Premier ministre Donald Tusk avec Lech Kaczynski. Les deux hommes sont convenus qu'une ratification rapide du traité serait opportune à la veille du sommet de l'Otan à Bucarest, où le chef de l'Etat polonais souhaite arriver avec "la bonne nouvelle", selon ses collaborateurs.
Mardi, dans leurs discours prononcés devant les députés, Lech Kaczynski et Donald Tusk ont tous deux cité Jean Paul II et rappelé le soutien du pape polonais à l'intégration européenne de la Pologne, apparemment dans le souci de surmonter l'opposition à la ratification de l'aile catholique intégriste du parti conservateur. "Ce sera une bonne nouvelle pour la Pologne et pour l'Europe", a déclaré le président Kaczynski. Auparavant, les frères Kaczynski avaient exigé d'inclure dans la loi de ratification des garanties légales supplémentaires destinées, selon eux, à préserver les intérêts de la Pologne au sein de l'UE.
Ils ont accusé les libéraux notamment de vouloir adopter à terme la Charte européenne des droits de l'Homme que la Pologne, comme la Grande-Bretagne, a eu le droit de ne pas intégrer dans le traité de Lisbonne. Selon les frères Kaczynski, la Charte permettrait aux Allemands de réclamer des indemnisations pour des biens abandonnés sur d'anciens territoires allemands attribués à la Pologne après la Seconde Guerre mondiale. Selon eux, elle obligerait aussi la Pologne à reconnaître des mariages homosexuels. Les libéraux au pouvoir souhaitaient une adhésion à la Charte mais y ont renoncé pour faciliter la ratification.
C'est pourtant bien le président polonais et son frère jumeau Jaroslaw Kaczynski, ancien Premier ministre et aujourd'hui chef du plus grand parti d'opposition, qui avaient eux-mêmes négocié et signé le traité de Lisbonne. En vertu de l'accord Tusk-Kaczynski, la ratification s'accompagne d'une résolution des députés contenant la réponse aux préoccupations de l'opposition conservatrice, ainsi que d'un amendement à préparer ultérieurement, qui préciserait les modalités de la coopération entre le gouvernement, le parlement et le président de la République dans les dossiers relatifs à l'Union européenne (UE).
La résolution qui n'a pas la force de la loi, proclame notamment la primauté de la Constitution polonaise sur la législation européenne et le respect de la tradition chrétienne de la Pologne. La loi de ratification doit être examinée dans la foulée mercredi par le Sénat (chambre haute du Parlement) pour son adoption définitive possible le jour même, avant d'être signé par le président Kaczynski. Le traité de Lisbonne, signé dans la capitale portugaise le 13 décembre 2007 par les 27 Etats membres de l'UE, remplace le projet de Constitution européenne, rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas en 2005. Six pays sur 27 ont déjà ratifié le texte: Hongrie, Slovénie, Malte, Roumanie, France et Bulgarie. (belga)


