Mme Suu Kyi, 62 ans, dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années.
La version finale de la Constitution birmane qui sera soumise à un référendum en mai confirme que les militaires conserveront des pouvoirs très étendus après des élections en 2010 et que l'opposante Aung San Suu Kyi ne pourra être candidate à la présidence.
La lauréate du Prix Nobel de la Paix, qui reste l'ennemie jurée de la junte actuelle, pourrait même ne pas réunir les critères requis à une candidature au Parlement, selon ce document en birman dont l'AFP a obtenu une copie. La Birmanie a été gouvernée par des juntes successives depuis 46 ans. Mme Suu Kyi, 62 ans, dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années.
Le régime actuel du généralissime Than Shwe, 75 ans, a violemment réprimé en septembre dernier un mouvement de protestation populaire conduit par des moines bouddhistes. Les 54 millions de Birmans n'ont toujours pas pris connaissance de la Constitution, élaborée sous le contrôle étroit de la junte, et seules circulent quelques copies de cet épais document de couleur verte comptant 194 pages.
Bien que la Constitution prévoit la mise en place d'un gouvernement civil et l'octroi de droits civiques à la population, elle est truffée de subterfuges et d'exceptions qui permettraient à l'armée de reprendre facilement les rênes du pouvoir, dans l'intérêt de la sécurité nationale, expliquent des experts. L'état d'urgence pourrait être déclaré pour combattre non seulement des insurrections mais aussi la menace d'une "désintégration de la solidarité nationale", et les militaires bénéficieraient dans ces situations d'une immunité totale.
Les lois sécuritaires actuelles, utilisées pour emprisonner des dissidents politiques et réprimer toute contestation, resteraient en vigueur, et les partis politiques seraient tenus de pratiquer "une démocratie authentique" mais "disciplinée". Les militaires continueraient à jouer un rôle prépondérant dans la conduite des affaires de l'Etat. Un quart des sièges au Parlement serait réservé aux forces armées et le président de l'Union devrait obligatoirement être "bien au fait" des affaires militaires.
Mme Suu Kyi serait empêchée d'être candidate à la présidence aux motifs controversés qu'elle a été mariée à un étranger, le Britannique Michael Aris, décédé d'un cancer en 1999, et que ses deux enfants sont des sujets britanniques. Mais la célèbre opposante et la plupart des membres de la LND et des autres dissidents politiques pourraient avoir de sérieuses difficultés à remplir les critères d'éligibilité au Parlement.
Des candidats seraient ainsi empêchés de se présenter si eux-mêmes ou leur parti acceptaient un quelconque soutien de gouvernements étrangers ou d'organisations religieuses. Toute personne ayant des antécédents judiciaires ne pourrait également être candidate, ce qui pourrait exclure de nombreux militants démocrates ayant été emprisonnés pour des raisons politiques.
La Birmanie n'a plus de Constitution depuis 1988. La semaine dernière, le ministre de l'Information, le général Kyaw Hsan, a dit à des journalistes birmans qu'il valait mieux avoir cette nouvelle Constitution que "rien du tout". Il a affirmé que le texte pourrait être amendé à l'avenir. Mais la version finale indique qu'il sera quasiment impossible de modifier la Loi fondamentale sans l'accord de l'armée, alors qu'une majorité de 75% de parlementaires serait requise pour approuver des amendements, ce qui veut dire que les personnalités politiques civiles devraient obtenir au moins un certain soutien de la part des parlementaires du quota réservé aux forces armées. (belga)


