Les Européens trop passifs face aux violations des droits humains
Les citoyens européens sont trop "passifs" face aux violations des droits humains commises au nom de la lutte contre le terrorisme, a déploré vendredi Dick Marty, le rapporteur du Conseil de l'Europe pour plusieurs dossiers liés à ce sujet.
"On reste passifs parce que cela ne nous arrive pas à nous, mais à des musulmans (en pensant que) de toute façon ils ont une grosse barbe et ce sont des islamistes", a regretté M. Marty, qui s'est penché récemment sur les cas de plusieurs personnes emprisonnées ou torturées arbitrairement.
VéritéDans une conversation avec des journalistes à Bruxelles, l'ancien procureur a exprimé son souhait de voir se développer une "dynamique de la vérité" au sujet des entorses aux droits de l'Homme tolérées en Europe, notamment dans le dossier des prisons secrètes de la CIA.
"Dans chaque pays, chaque citoyen, chaque journaliste, chaque juge devrait assumer ses responsabilités de recherche de la vérité", a-t-il dit, alors que les gouvernements continuent de nier unanimement avoir été impliqués dans les programmes de la CIA. Or, d'après lui, les enquêtes menées par le Conseil de l'Europe, mais aussi le Parlement européen, ont prouvé que l'agence de renseignement américaine a utilisé les aéroports européens pour transporter des personnes arrêtées arbitrairement et que certains pays ont hébergé des prisons secrètes.
Culture du secretLes responsabilités politiques ne sont pas aisées à identifier avec précision, selon M. Marty, qui admet qu'"on a caché des choses à de nombreux membres des plus hautes autorités de l'Etat". Il reste néanmoins persuadé que "certains membres des gouvernements savaient".
Cette culture du secret s'explique à ses yeux par le cadre otanien des opérations illégales, mais aussi par le manque de contrôle des services secrets. "Ce sont toujours les services secrets militaires qui ont été à l'oeuvre. Or, dans de nombreux pays, ils ne sont pas surveillés, ou sont soumis à une surveillance parlementaire assez superficielle", a-t-il affirmé.
Jeu de miroirEn outre, les différentes instances politiques se rejettent mutuellement les responsabilités, dans "un jeu de miroir qui fait qu'à la fin, on ne sait plus qui fait quoi", a renchéri le sénateur suisse, qui se déclare convaincu que "ce sont les Etats-Unis qui finiront par révéler la vérité, peut-être avec la nouvelle administration".
Dès à présent, sous l'impulsion du président George Bush, qui a reconnu l'existence de prisons secrètes, "les Américains ont fait un choix, qui pour moi est totalement faux, mais ils assument leur choix", a-t-il poursuivi. "Chez les Européens, rien du tout. Ce sont les complices silencieux et clandestins, qui ont délégué (la lutte anti-terroriste) aux Américains en mettant à leur disposition leurs services secrets".
M. Marty est l'auteur de deux rapports pour le Conseil de l'Europe qui ont mis en évidence l'existence des "restitutions extraordinaires" et de prisons secrètes de la CIA en Europe. Il s'occupe actuellement des "listes noires", sur lesquelles figurent les personnes soupçonnées de terrorisme.