Le Népal tente de transformer la monarchie en République

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Par: rédaction
8/04/08 - 08h21

Le Népal doit élire jeudi une assemblée constituante pour un scrutin historique qui devrait déboucher sur l'abolition de la monarchie et la proclamation d'une République, consécration de l'accord de paix de 2006 avec les maoïstes qui a mis fin à dix ans de guerre civile.

Appelés aux urnes pour les premières élections nationales depuis 1999, près de 18 millions d'électeurs vont désigner une chambre chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour ce royaume stratégique coincé entre l'Inde et la Chine et séparé du Tibet par la grande chaîne de l'Himalaya. Mais peu importe le résultat car en principe, dès sa première réunion, cette assemblée est censée voter la transformation de la seule monarchie hindouiste du monde en République fédérale, après 239 ans de dynastie royale des Shah, selon un accord scellé en décembre entre sept partis politiques et les maoïstes, tous réunis dans un gouvernement depuis avril 2007.

Un tel scénario était impensable il y a tout juste deux ans lorsque, de la droite modérée à la gauche communiste, la classe politique népalaise s'était alliée aux maoïstes dans les manifestations démocratiques du printemps 2006, forçant le roi autocratique Gyanendra à renoncer à ses pouvoirs absolus. Mais l'accord de paix du 21 novembre 2006, qui a mis un terme à une décennie de "guerre du peuple" maoïste -au prix de 13.000 morts et d'une économie ruinée-reste fragile, relèvent des analystes, qui redoutent un regain de violences.

Car "deux camps ne veulent toujours pas des élections", soulignait dimanche l'heddomadaire Nepali Times: "La droite royaliste radicale refuse un scrutin qui va envoyer la monarchie dans les livres d'histoire et l'extrême gauche (maoïste), qui sait qu'elle va perdre dans les urnes, veut faire échec aux élections en brandissant des menaces". Effectivement, l'ex-chef des insurgés, Prachanda, un instituteur reconverti en révolutionnaire, qui se rêve aujourd'hui en président de la République, assène qu'"il n'y a plus de place au Népal pour quelque forme de monarchie que ce soit".

Et si le roi, déjà dépouillé de toutes ses prérogatives, "veut résister au verdict du peuple, il y aura un procès et une punition sévère", a averti, dans un entretien, celui dont le nom de guerre était 'le redoutable'. Car, d'après lui, une vieille garde royaliste "tente constamment de saboter le processus de paix, mais sans succès grâce à la forte conscience de classe des masses". Pourtant, même si Gyanendra est "détesté", bon nombre de ses sujets le considèrent comme l'incarnation du dieu hindou Vishnou et restent attachés à une forme de "monarchie symbolique", selon des sondages.

Un conseiller royal, le général Bharat Keshwer Simha, a d'ailleurs prévenu: "Si les maoïstes reprennent les armes et arrivent au pouvoir, les hindous riposteront. Ce sera pire que la guerre du peuple maoïste et beaucoup de gens seront tués". Les "maos", que les Etats-Unis considèrent comme un "groupe terroriste", ont déjà accusé "des généraux restés loyaux au roi de comploter (...) en vue de préparer un coup d'Etat" afin d'empêcher l'abolition de la monarchie. Et comme aucun parti ne devrait obtenir de majorité jeudi, l'International Crisis Group (ICG) redoute "une période post-électorale difficile et dangereuse". (afp)

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