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Le Népal vote pour abolir la monarchie

Près de 18 millions de Népalais votaient jeudi pour élire une assemblée constituante censée abolir la monarchie et proclamer la République, avec l'espoir surtout de consolider la paix signée il y a un an et demi avec la guérilla maoïste.

Le chef des anciens rebelles d'extrême gauche, Prachanda "le redoutable", qui se rêve en président d'une future République, a voté à Chitwan, à 100 km au sud-ouest de Katmandou, acclamé par la foule qui l'a décoré de guirlandes de fleurs.

"Les rêves de milliers de martyrs se sont réalisés. Nous sommes en train d'écrire l'histoire et c'est fantastique", a-t-il déclaré. Dès 07H00 (01H15 GMT), à Patan, près de Katmandou, des centaines d'hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions faisaient sagement la queue pour accéder à des tentes servant de bureaux de vote et montées entre les superbes temples bouddhistes et hindouistes médiévaux inscrits au patrimoine de l'Unesco.

"Après avoir longtemps attendu, c'est un jour historique pour nous. Nous espérons la paix", a déclaré tout sourire Prasanna Shrestha âgée de 30 ans. "Ces élections vont nous apporter la paix et la démocratie. Nous ne voulons plus de la monarchie", a renchéri Julum Lal Chitrakar, 67 ans, qui a voté pour les maoïstes, que les Etats-Unis considèrent comme des "terroristes".

Les Népalais, appelés pour le premier scrutin national depuis 1999 et dont un tiers votent pour la première fois, élisent 601 députés chargés de rédiger une nouvelle Constitution pour ce royaume stratégique coincé entre l'Inde et la Chine et séparé du Tibet par la chaîne de l'Himalaya.

Mais quel que soit le résultat - qui n'est pas attendu avant trois semaines - cette assemblée devrait, en principe, transformer la seule monarchie hindouiste du monde en République fédérale, selon un accord scellé en décembre entre les sept partis népalais et les maoïstes, qui ont signé la paix le 21 novembre 2006 et gouvernent ensemble depuis avril 2007.

Un tel scénario était inimaginable il y a deux ans lorsque toute la classe politique s'était alliée aux rebelles d'extrême gauche dans les manifestations démocratiques du printemps 2006, forçant le roi Gyanendra à renoncer à ses pouvoirs absolus.

Cet héritier de la dynastie des Shah vieille de 239 ans a été dépouillé de toutes ses prérogatives, mais il a lancé un ultime "appel à tous les citoyens pour qu'ils exercent leurs droits démocratiques dans une atmosphère de liberté et d'équité".

Mais ces derniers jours, les maoïstes ont accusé des forces royalistes, notamment des généraux, de "comploter pour préparer un coup d'Etat" et d'être derrière une vague de petits attentats. Sept maoïstes, un candidat du parti communiste marxiste-léniniste unifié du Népal et un supporteur avaient été tués mercredi.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est déclaré "profondément préoccupé par la violence" et a appelé "toutes les parties à faire preuve de retenue et à rester calme".

Au moins 135.OOO policiers sont déployés, dont 55.000 fraîchement recrutés et 800 observateurs internationaux, dont 120 de l'Union européenne, sont disséminés dans des bureaux de vote. Car l'accord de paix de novembre 2006, qui a mis fin à la "guerre du peuple" maoïste lancée en février 1996 - au prix de 13.000 morts et d'une économie ruinée -, reste fragile.

L'International Crisis Group redoute d'ailleurs "une période post-électorale difficile et dangereuse" puisqu'aucun parti ne devrait rafler la majorité. D'autant que 50% des Népalais restent attachés au principe d'une "monarchie symbolique", selon des sondages, et une majorité voient en Gyanendra l'incarnation du dieu hindou Vishnou, même s'ils "haïssent" cet autocrate monté sur le trône à la faveur du massacre mystérieux du précédent roi Birendra et de sa famille le 1er juin 2001. (afp/7sur7)

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