La commission électorale du Zimbabwe a beau assurer qu'elle est en train de vérifier les résultats de la présidentielle, ses bureaux sont vides et le panneau qui indiquait "centre national exécutif" a disparu.
Douze jours après les élections générales du 29 mars, seules quelques chaises et des nappes abandonnées sur les tables du centre de congrès de Harare attestent encore du séjour des membres de la commission électorale, chargée de la collecte et de la vérification des résultats transmis par les 9.000 bureaux de vote.
Vide
Le décompte des législatives - contesté depuis par le parti au pouvoir - a été publié, accordant pour la première fois depuis l'indépendance de l'ancienne Rhodésie, en 1980, une majorité à l'opposition. Alors que l'interminable attente pour les résultats de la présidentielle faisait monter l'anxiété dans le pays, des balayeurs débarrassaient le "centre exécutif" des déchets épars.
Selon ces employés, les membres de la commission, censée représenter les différents partis en lice mais dont les responsables sont nommés par le gouvernement, ont quitté les lieux mardi. Le président de l'institution, George Chiweshe, assure que "les équipes de la commission ont été réduites parce que presque tous ses membres étaient affectés aux résultats des législatives, des sénatoriales et des municipales", organisées simultanément.
Conquête par la terreur
"Nous sommes en train de travailler sur les résultats de la présidentielle, mais je ne peux pas en dire plus tant que la justice ne s'est pas prononcée" sur un recours intenté par l'opposition pour exiger leur publication immédiate, ajoute-t-il. Le juge qui traite le dossier a réservé sa décision à lundi.
Les rivaux du chef de l'Etat Robert Mugabe dans la course à la présidence accusent le pouvoir de gagner du temps pour conquérir par la terreur les voix perdues à l'opposition. Le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition), Morgan Tsvangirai, qui a d'ores et déjà revendiqué la victoire au premier tour, évoque un "coup d'Etat de facto" appuyé par un déploiement des forces de l'ordre dans le pays.
Reprendre la vie
"Je suis très inquiet de voir que plus personne ne travaille au centre exécutif", relève le dissident Simba Makoni, expulsé de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir) après s'être présenté contre Mugabe. "Personne ne sait vraiment pourquoi tout cela prend aussi longtemps", ajoute Simba Makoni, ancien ministre des Finances arrivé bon troisième à la présidentielle, selon des résultats officieux.
Fatigués d'une bataille qui s'enlise dans les arguties juridiques, les Zimbabwéens tentaient de reprendre une vie normale. "Tout a été suspendu (depuis les élections) mais je suis las d'attendre", souligne le vendeur ambulant Tino Mhandu. "Il faut bien recommencer à travailler" pour survivre dans un pays à l'économie dévastée, ruiné par une inflation record de plus de 100.000% par an qu'alimentent les pénuries de produits de première nécessité.
Contestation
Parallèlement au recours en justice du MDC sur la présidentielle, la Zanu-PF a annoncé son intention de contester au moins 16 des sièges à la chambre des députés, ce qui pourrait renverser la majorité à son profit.
Le parti au pouvoir demande aussi un recompte des voix pour la présidence, bien qu'aucun résultat officiel n'ait été communiqué, quelques jours après avoir affirmé qu'aucun des candidats n'avait obtenu la majorité absolue au premier tour.
Les avocats de la commission, quant à eux, maintiennent que le processus est toujours en cours. "La collecte des résultats doit encore être achevée et leur vérification effectuée", a déclaré un des défenseurs, George Chikumbirike, mercredi devant le tribunal.


