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Europe et Turquie se rencontrent dans un contexte délicat

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso est arrivé jeudi en Turquie dans un contexte politique délicat, alors que la menace d'une interdiction du parti au pouvoir pèse sur les pourparlers d'adhésion déjà difficiles entre Ankara et l'Union européenne.

M. Barroso, accompagné de son commissaire à l'Elargissement Olli Rehn, doit faire le point avec le président Abdullah Gül et le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan des réformes nécessaires au processus d'adhésion, afin de faire progresser les négociations très lentes entre la Turquie et l'UE.

Convaincre
Lundi, il a affirmé que la Turquie allait "devoir convaincre l'Europe qu'il est de son intérêt de l'intégrer en son sein", rappelant que son adhésion, à laquelle certains pays sont opposés, pose des "problèmes d'une grande sensibilité" parmi les Etats membres de l'UE. La Turquie, pays à la population majoritairement musulmane mais au régime strictement laïc, a commencé en octobre 2005 des négociations d'adhésion au club européen qui pourraient prendre au moins dix ou quinze ans.

Des dirigeants européens tels le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel s'opposent à une entrée de la Turquie, estimant que ce pays ne peut bénéficier que d'un "partenariat privilégié". La récente demande du procureur de la Cour de cassation d'interdire le Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, de M. Erdogan, pour des activités anti-laïques, risque de perturber encore des pourparlers déjà au point mort.

Chypre
Une telle interdiction reviendrait à décapiter la classe politique dirigeante. Seuls six des 35 chapitres de négociations ont été ouverts en deux ans, alors que huit autres sont gelés depuis décembre 2006 en raison de la question chypriote. Pour une partie de la presse turque, la visite de M. Barroso, planifiée pour janvier puis reportée, est une aubaine pour l'AKP, accusé dans le réquisitoire du procureur de vouloir islamiser la société turque et qui a fait très peu pour l'UE depuis sa réélection aux législatives de juillet 2007.

Cette formation, soucieuse de rallier le soutien de l'Europe dans un processus qui attise les divisions entre islamistes et laïcs dans le pays, a déposé lundi au Parlement un projet d'amendement à l'article 301 du code pénal, depuis longtemps décrié par l'UE comme une entorse à la liberté d'expression.

Laïcité
Mercredi soir, M. Barroso a estimé que le jugement de la Cour constitutionnelle contre l'AKP, attendu dans les mois à venir, "serait un jugement rendu dans le cadre des principes de l'état de droit et de la démocratie".

Se déclarant "surpris", il a affirmé qu'"il n'est pas normal que le parti majoritaire au Parlement, élu par la voie démocratique, soit soumis à un tel processus", tout en se prononçant pour la séparation de l'Etat et de la religion. "Nous sommes partisans d'une laïcité démocratique, nous sommes contre un Etat religieux mais il n'est pas possible non plus de faire de la laïcité une nouvelle religion", a-t-il ajouté.

M. Barroso doit s'adresser jeudi au Parlement. Le principal parti d'opposition, le parti pro-laïc CHP, a averti le dirigeant européen qu'il ne devait pas évoquer dans cette intervention le recours contre l'AKP, rappelant que les lois turques interdisent de parler d'une action judiciaire en cours.

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