Les Italiens vont devoir choisir aux élections des 13 et 14 avril entre deux personnalités que presque tout oppose: un homme d'affaires richissime, Silvio Berlusconi, et un professionnel de la politique, Walter Veltroni.
A droite, Berlusconi
Le leader de la droite italienne Silvio Berlusconi a appelé jeudi soir ses électeurs à "convertir" les indécis ou les abstentionnistes en accomplissant "une oeuvre de missionnaire" pour les législatives, lors de son dernier meeting électoral au Colisée de Rome. "Allez et convertissez les gens!", a lancé Silvio Berlusconi devant plusieurs milliers de personnes réunies devant l'arc de Constantin, au pied du Colisée, la voix éraillée par la succession de meetings et de plateaux télé qu'il a enchaînés.
"C'est important, vous avez une oeuvre missionnaire à accomplir en direction de tous ceux qui ne sont pas encore décidés à voter ou qui n'ont pas choisi. Vous êtes des missionnaires de vérité et de liberté", a souligné le leader de 71 ans, à deux jours du scrutin de dimanche et lundi. M. Berlusconi, donné gagnant selon les derniers sondages parus mais qui pourrait avoir du mal à obtenir une majorité confortable, a insisté sur "l'importance" de faire barrage à la "dispersion" des votes pour les petits partis de droite, notamment l'UDC (centre-droit) et La Destra (extrême droite) qui ne font pas partie de sa coalition.
Attaques
Il a consacré une grande partie de ses trente-cinq minutes de discours à attaquer son adversaire Walter Veltroni, leader du Parti démocrate (PD), qu'il a qualifié de "menteur professionnel". "Il a fait une campagne de mensonges", a déclaré M. Berlusconi, déplorant le fait que son adversaire ne le cite jamais nommément: "s'il devait dire ces deux vérités, Silvio et Berlusconi, je crois qu'il aurait une attaque", a ri le leader de droite.
"Le PD n'est que l'ultime transformation, l'ultime mimétisme de l'ex Parti communiste italien. Mais les hommes sont toujours les mêmes, c'est la même vieille nomenclature communiste, la même idéologie. La vérité pour la gauche n'existe pas", a martelé M. Berlusconi. "Femmes, nous vous aimons!", a lancé Silvio Berlusconi en fin de meeting, avant de faire monter sur l'estrade "une femme extraordinaire", son alliée Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce et secrétaire générale du mouvement d'extrême-droite Action Nationale.
"Cavaliere"
C'est la première fois que le "Cavaliere" affrontera, à 71 ans, un homme nettement plus jeune que lui puisque l'ex-maire de Rome est âgé de 52 ans. Une génération de différence pour des parcours totalement opposés.
A gauche, Veltroni
Vieux routier de la politique, Walter Veltroni s'est engagé dès les années 1970 dans les jeunesses communistes et a accompagné toutes les mues de la gauche italienne, jusqu'à la création du Parti Démocrate à l'automne dont il a pris la tête. Il a reçu jeudi le soutien du célèbre acteur américain George Clooney, selon l'agence Ansa citant des personnes présentes à une rencontre entre les deux hommes.
Soutien de Clooney
"L'acteur américain a réitéré son amitié et son soutien au chef du PD avec lequel il partage l'engagement en faveur de l'Afrique", selon l'agence. La télévision Rai a diffusé des images des deux hommes prenant un café ensemble dans un bar de Milan (nord). "J'estime beaucoup George, non seulement en tant qu'artiste mais également en tant qu'être humain, il a un grand sens civique et une passion pour la politique", a déclaré pour sa part M. Veltroni, ancien maire de Rome et principal adversaire du chef de la droite italienne Silvio Berlusconi.
George Clooney avait déjà comparé le chef du principal parti de la gauche italienne à Barack Obama, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre. "Je suis un très bon ami de tous les deux", MM. Obama et Veltroni, a affirmé ainsi George Clooney, soulignant, selon Ansa, que le chef du PD "est une personne qui parle à tout le monde, qui parle aux jeunes, qui parle d'espoir et d'environnement, des choses rares dans la politique italienne".
Intellectuel de gauche
Très discret sur sa vie privée avec son épouse et ses deux filles, "l'intellectuel de gauche" qu'est Walter Veltroni pourrait presque passer pour ennuyeux, avec son physique plutôt austère. En face, son adversaire adore s'afficher aux côtés des grands de ce monde, organiser des fêtes pour la jet-set dans ses villas avec piscine et continue, bien que grand-père, à jouer les séducteurs. Pas toujours avec finesse, ce qui lui a valu une lettre ouverte de protestations de son épouse dans un quotidien de gauche.
Si les deux hommes admirent tous deux l'Amérique, c'est celle de George W. Bush qui a les faveurs de Silvio Berlusconi. Veltroni quant à lui n'a jamais caché son admiration pour les frères Kennedy, ce qui lui a d'ailleurs valu le surnom cruel de "veuve Kennedy". Pour sa campagne, il n'a pas hésité à adopter le slogan "On peut y arriver", inspiré du "Yes, we can" du démocrate Barack Obama. Malgré tout ce qui les oppose, les deux leaders affichent cependant une volonté, nouvelle en Italie, de décrisper les relations gauche-droite, au point qu'on prête à Berlusconi le dessein d'une "ouverture à la Sarkozy" en cas de victoire de la droite aux élections. (afp)


