Condamnée à gagner la primaire de Pennsylvanie avec une large marge si elle veut conserver intactes ses ambitions présidentielles, la candidate Hillary Clinton a sorti l'artillerie lourde contre son rival Barack Obama accusé d'être "élitiste".
Première consultation depuis la primaire du Mississippi (sud), remportée le 11 mars par Barack Obama, la primaire du Pennsylvanie (est) prévue le 22 avril déchaîne les passions dans le camp démocrate. Un sondage publié mardi par l'univeristé Quinnipiac donne Mme Clinton en tête avec 50% d'intentions de vote contre 44% pour son rival M. Obama. Ce sondage a été réalisé en partie avant la polémique autour des propos jugés "élitistes" du sénateur de l'Illinois. Au cours d'une collecte de fonds tenu à San Francisco le 5 avril, M. Obama a estimé que dans les petites villes américaines, l'Américain moyen ressentait de l'amertume en raison de la crise économique et se raccrochait à la religion, aux armes à feu ou au discours anti-immigration.
Depuis la diffusion des propos de M. Obama sur internet vendredi, ses adversaires ont décelé une bourde qu'ils estiment irréparable et en ont fait un argument de campagne. Après Obama "l'inexpérimenté", Mme Clinton et le républicain John McCain dénoncent Obama "l'élitiste" déconnecté, selon eux, de la réalité vécue par une majorité d'Américains. En 2004, le candidat démocrate John Kerry s'était également vu reprocher son prétendu élitisme et cela avait gravement plombé sa campagne. "Je crois que les gens ne se raccrochent pas à la religion. Ils tiennent simplement à leur foi. On ne se raccroche pas aux armes à feu, on aime simplement chasser ou pratiquer des sports de tir", a affirmé lundi Mme Clinton en tournée électorale à Pittsburgh, ancien berceau sinistré de la sidérurgie américaine, dans l'ouest de la Pennsylvanie.
"Je ne crois pas que M. Obama ait vraiment compris que les gens recherchent un président qui soit à leur côté et pas un président qui les dénigre", a-t-elle martelé. M. Obama est désormais sur la défensive et a passé ces derniers jours à tenter de se justifier. "Je regrette les mots que j'ai choisis, d'une part parce qu'ils ont pu blesser certaines personnes et d'autre part parce qu'ils ont servi une fois de plus à nous détourner du débat capital que nous devrions avoir durant cette campagne", a dit lundi M. Obama lors d'une rencontre avec les représentants de la presse américaine à Washington.
La religion tient une place très importante dans la vie politique américaine et une écrasante majorité d'Américains affirme qu'elle ne saurait voter pour un athée ou un agnostique. Et, alors que le deuxième amendement de la Constitution garantit aux Américains le droit au port d'armes, toute critique même voilée de ce droit, est considérée comme antipatriotique. Les études électorales ont révélé que M. Obama faisait ses meilleurs scores chez les jeunes, les personnes ayant un haut niveau d'éducation et bénéficiant de bons revenus. Or, la Pennsylvanie, Etat qui a perdu environ 207.000 emplois industriels depuis 2000, compte de nombreux "cols bleus" ou de retraités qui ont vu fondre leur pension.
Leur vote pourrait s'avérer déterminant. M. Obama est crédité de 1.641 délégués par site spécialisé RealClearPolitics contre 1.505 pour Mme Clinton. Quel que soit le résultat de la primaire de Pennsylvanie et des neuf autres consultations à venir, ni Mme Clinton, ni M. Obama ne sont en mesure d'obtenir les 2.025 délégués nécessaires pour décrocher l'investiture. L'objectif du camp Clinton est de convaincre les "super délégués" (des caciques et des élus du parti démocrate dont le choix sera déterminant lors de la convention démocrate prévue cet été) que leur candidate est la mieux placée pour battre John McCain en novembre. (afp)


