"La Russie a franchi la ligne rouge"

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Par: rédaction
18/04/08 - 19h04
Georgi Baramidze, vice-Premier ministre géorgien.

Le vice-Premier ministre géorgien était en campagne vendredi à Bruxelles pour obtenir le "ferme soutien" de l'Union européenne et de l'Otan face à l'intention de la Russie de "légaliser une annexion de facto" des deux territoires séparatistes géorgiens, l'Abkhazie et l'Ossétie du sud, alors que Vladimir Poutine faisait un geste d'apaisement envers son voisin.

Normalisation
Le président russe a ordonné vendredi la levée de sanctions encore en vigueur contre la Géorgie en vue d'une "normalisation" de ses relations avec Tbilissi, a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

"Le président de Russie Vladimir Poutine a ordonné de prendre des mesures pratiques supplémentaires en vue de la normalisation des relations avec la Géorgie", a indiqué le ministère. "En plus des décisions déjà mises en oeuvre pour le rétablissement des liaisons de transport entre nos pays, les relations postales seront rétablies dans les prochains jours", précise le communiqué. M. Poutine ordonne également au gouvernement de "prendre des mesures pour l'élimination des restrictions restantes à la délivrance de visas aux citoyens géorgiens".

Espionnage
En octobre 2006, la Russie avait suspendu ses liaisons aériennes, terrestres et maritimes avec Tbilissi, après l'arrestation en Géorgie de quatre officiers russes pour "espionnage". Moscou avait aussi instauré la même année un embargo sur l'importation des eaux minérales et des vins géorgiens. Le 25 mars dernier, signe d'une détente entre les deux pays, les liaisons aériennes avaient repris. Mais la Géorgie a jugé "vides de sens" les propositions de Moscou de normaliser les relations bilatérales tant que la Russie soutiendra les régions sécessionnistes en territoire géorgien, a déclaré vendredi le chef de la diplomatie géorgienne David Bakradzé.

Territoires
"La Russie essaye d'annexer un tiers du territoire de la Géorgie et propose d'améliorer ses relations avec les deux tiers restants", a noté M. Bakramidzé, cité par son service de presse, en référence à l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, deux régions aux visées séparatistes situées en Géorgie. "Les relations doivent être améliorées avec la Géorgie entière, unifiée, sans quoi cette proposition (de Moscou) est vide de sens et n'est que la conséquence des vives condamnations des actions de la Russie par la communauté internationale", a estimé le ministre.

Réunion extraordinaire
Ces échanges interviennent alors que la Géorgie vient de demander jeudi la convocation d'une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité et a appelé Moscou à revenir sur sa décision de coopérer plus étroitement avec les régions séparatistes géorgiennes pro-russes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. "C'est un moment de vérité. L'UE et l'Otan doivent se montrer unies, fortes et fermes dans la défense (...) de l'intégrité de leurs voisins", a plaidé Georgi Baramidze devant la presse, au premier jour de sa visite qui doit se prolonger jusqu'à lundi.

Au siège bruxellois de l'Otan, M. Baramidze a reçu l'assurance de son secrétaire général adjoint Claudio Bisogniero que l'alliance "souhaitait que la Russie revienne sur sa décision", a indiqué le porte-parole de l'Otan James Appathurai. Selon le porte-parole, la délégation géorgienne "a fait part des préoccupations de la Géorgie et exprimé sa satisfaction au sujet de la position prise mercredi par le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer". Ce dernier avait appelé Moscou à renoncer à une mesure qui "sape la souveraineté de la Géorgie".

Ligne rouge
M. Baramidze a lui estimé que "la Russie a franchi la ligne rouge" et que "le moment est décisif". "Nous appelons l'UE et l'Otan à presser la Russie de revenir sur sa décision et à soutenir le plan de paix" proposé par la Géorgie pour le retour de l'Abkhazie et de l'Ossétie du sud, après plus de 14 ans de séparation de fait, a-t-il déclaré. "Nous demandons le soutien de la communauté internationale afin de ne pas laisser la Russie légaliser une annexion de fait des territoires en question", a-t-il poursuivi.

Poutine
Le président russe Vladimir Poutine a ordonné mercredi à son gouvernement de "coopérer avec les autorités de fait d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud", notamment dans le domaine économique, provoquant l'ire de Tbilissi et l'inquiétude en Occident. Tbilissi a lancé une offensive diplomatique tous azimuts pour tenter de contrecarrer ce qu'elle estime être un projet d'"annexion" des deux territoires par la Russie.

Les multiples rencontres de M. Baramidze à Bruxelles en font partie, comme la demande de la convocation d'une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l'ONU, qui pourrait se tenir en début de semaine prochaine. "Nous ne devons pas laisser le processus déraper et la Russie provoquer une escalade", a dit le vice-Premier ministre géorgien.

Question du Kosovo
Pour M. Baramidze, "il est clair" que la décision russe est "la réponse à la question du Kosovo et au voeu de l'Otan se s'étendre vers l'Est", deux points de contentieux avec Moscou. L'indépendance en février de la province serbe à majorité albanaise et la volonté d'intégrer à terme la Géorgie et l'Ukraine, énoncée au sommet de l'Otan début avril, ont mécontenté Moscou. M. Baramidze, qui devait rencontrer vendredi après-midi la commissaire européenne aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, a aussi annoncé son intention de demander à l'UE d'"appuyer son plan de paix qui inclut l'envoi d'une force de police européenne".

Cette force, qui se substituerait aux soldats russes, permettrait notamment "le retour dans la sécurité" des centaines de milliers de réfugiés géorgiens ayant fui l'Abkhazie, et "de protéger les quelque dizaines de milliers de Géorgiens" qui y vivent encore dans la crainte, selon lui. Mais, a admis le ministre géorgien, cela suppose que "la Russie joue un rôle constructif".

Pendant que M. Baramidze était à l'Otan, Moscou a annoncé vendredi après-midi la levée de sanctions encore en vigueur contre la Géorgie en vue de "normaliser" ses relations avec Tbilissi, sans qu'on sache s'il s'agissait d'un véritable geste d'apaisement. De son côté la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, s'est déclarée vendredi "très inquiète" des tensions entre la Russie et la Géorgie, précisant avoir téléphoné à son homologue russe Sergueï Lavrov à ce sujet. (afp)

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