Karel De Gucht et son homologue Antipas Mbuza Nyanwisi.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a demandé lundi soir aux autorités congolaises de faire preuve de modération dans l'usage de la force et de réaliser des progrès sensibles en matière de respect des droits de l'Homme, au risque de mécontenter le pouvoir de Kinshasa, jaloux de sa souveraineté retrouvée après des années de guerre civile.
Il a également proposé l'aide de la Belgique pour lutter contre la corruption, réclamant du gouvernement congolais qu'il s'attaque aux "privilèges fabuleux de certains". Il s'exprimait lors d'un discours prononcé à la résidence de l'ambassadeur de Belgique en République démocratique du Congo (RDC), après une brève rencontre avec le président Joseph Kabila en compagnie de ses collègues de la Défense et de la Coopération au développement, Pieter De Crem et Charles Michel.
A l'issue de cet entretien, qui avait débuté par une réunion séparée entre MM. Kabila et De Crem, les trois ministres se sont refusés à tout commentaire, non sans cacher leur désarroi. Une nouvelle rencontre n'est toutefois pas exclue mardi, selon un conseiller du président congolais.
Lors de son discours, M. De Gucht n'a, conformément à son habitude, pas mâché ses mots envers les progrès qui restent à réaliser en RDC près de deux ans après les élections de 2006 - les premières depuis plus de 40 ans.
"Nous sommes tous d'accord que les nouvelles institutions issues des élections ne sont qu'un point de départ. Elles sont porteuses d'avenir et ne le resteront que si l'on est lucide sur les défis que doit encore relever la RDC", a lancé le chef de la diplomatie belge devant un parterre de responsables congolais, de ressortissants belges et de diplomates étrangers.
Evoquant l'insécurité persistante dans certaines régions - principalement dans l'est et dans le Bas-Congo (ouest) -, M. De Gucht a réaffirmé son appui aux initiatives de dialogue prises par les autorités. Mais il a demandé à Kinshasa de "faire preuve de la plus grande modération dans l'usage de la force", dans une allusion aux offensives militaires dans l'est et à la répression du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK).
"Sur le plan des droits de l'Homme, le niveau de violence dans dans le pays reste très préoccupant", a-t-il souligné. Il a demandé à Kinshasa d'"acorder la plus grande priorité" à la "quasi-impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes". "La justice doit être à même de juger les coupables, la police et l'armée de protéger et de respecter la population", a lancé M. De Gucht, parlant de "tâche immense" à laquelle il faut s'attaquer sans tergiverser.
Evoquant la nécessité d'un meilleur contrôle des richesses naturelles "pour remplir les caisses de l'Etat" et améliorer le niveau de vie de la population, le ministre a proposé aux autorités de la RDC "un partenariat basé sur des principes claires de bonne gouvernance" dans lequel "chaque partie assume ses responsabilités". "Nos actions doivent désormais absolument donner la priorité à la lutte contre la corruption, l'amélioration de la gestion, la planification, la transparence, la sécurité juridique, la promotion de l'état de droit, le renforcement des institutions.
"Cela signifie s'attaquer aux privilèges fabuleux de certains", a expliqué M. De Gucht sans les citer mais en évoquant "ceux qui n'hésitent pas à sacrifier le bien-être de la population pour leur enrichissement personnel".
Il a enfin réclamé que le Congo "s'invente une tradition démocratique", rendant hommage à l'action du jeune parlement. "La route sera longue, mais la Belgique est prête à cheminer avec vous si vous le souhaitez", a-t-il conclu. (belga)


