Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a déploré dimanche que le Rwanda ne joue pas un "rôle plus positif" dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où l'influence rwandaise se fait toujours sentir, plus de cinq ans après la fin officielle du dernier conflit.
Il a aussi constaté le "refus catégorique" du régime du président rwandais Paul Kagame d'ouvrir un dialogue avec les rebelles hutus présents dans les deux Kivu, au retour d'une visite en Afrique centrale (RDC et Burundi) en compagnie de son collègue de la Coopération au développement, Charles Michel.
Aide importante
"Le Rwanda pourrait jouer un rôle plus positif dans la solution dans l'est du Congo, pour aider le Congo à sortir du marasme. Il ne le fait pas", a affirmé le ministre. M. De Gucht a ainsi regretté que le Rwanda laisse se pratiquer le commerce de produits provenant de RDC, suggérant de renforcer le contrôle sur les aéroports proches de la frontière rwando-congolaise.
Le Rwanda est intervenu militairement à deux reprises chez son grand voisin, lors de chacune des dernières guerres qui ont ravagé l'ex-Zaïre (1996-1997 et 1998-2003), pour combattre les Hutus qui s'y sont refugiés après le génocide de 1994, qui a fait quelque 800.000 morts selon l'ONU, principalement parmi la minorité tutsie.
Les troupes rwandaises se sont officiellement retirées de RDC avant la conclusion d'un accord global de paix et de partage du pouvoir signé en décembre 2002 à Pretoria (Afrique du sud). Mais nombre de Congolais dénoncent l'influence que Kigali continue à exercer dans l'est, voire la poursuite du pillage des ressources naturelles congolaises.
Manque de contrôle
Dans l'est de la RDC, "c'est tout sauf résolu", a lancé M. De Gucht. Il a aussi souligné que le contrôle par Kinshasa des éléments de l'armée nationale, les Forces armées de la RDC (FARDC) déployées à l'est, laisse à désirer, constatant la proximité qui existe à certains endroits du Nord et du Sud-Kivu entre les FARDC et les rebelles hutus des Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), accusés par Kigali d'être impliqués dans le génocide de 1994.
Officiellement, Kinshasa dément toute coopération entre son armée et les FDLR, considérés comme l'un des principaux facteurs d'instabilité dans la région des Grands Lacs. Mais sur le terrain, les FDLR, présents en RDC depuis près de quatorze ans, vivent mêlés avec la population congolaise. Certains de leurs officiers portent même l'uniforme de l'armée congolaise, en pleine réforme depuis 2003.
Citoyens rwandais
"C'est difficile de les éliminer militairement, ils sont mêlés à la population et coopèrent avec les FARDC", a souligné M. De Gucht, se prononçant pour leur isolement politique. "Le Rwanda doit reprendre une grande partie des FDLR, ce sont ses citoyens", a-t-il fait valoir. Les FDLR réclament pour leur part, avant de rentrer au Rwanda, l'ouverture d'un dialogue politique avec le régime de M. Kagame, un Tutsi arrivé au pouvoir en juillet 1994 après avoir mis fin au génocide déclenché à la suite de l'attentat qui a coûté la vie au président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.
"Il y a un refus catégorique du régime rwandais d'avoir ce dialogue inter-rwandais", a regretté le chef de la diplomatie belge. Plus globalement il a souligné la nécessité de mener "en parallèle" les processus de Nairobi (l'engagement pris par Kinshasa, en novembre dernier, envers le Rwanda de rapatrier les FDLR, si nécessaire par la force) et de Goma, la conférence de paix dans les Kivu qui s'est clôturée le 23 janvier dernier par un engagement de tous les groupes armés y opérant et des FARDC de mettre fin aux hostilités dans ces deux provinces.
L'un de ces principaux groupes armés est le Conseil national pour la Défense du Peuple (CNDP) du général tutsi congolais Laurent Nkunda, qui s'oppose à l'intégration de ses hommes au sein de l'armée nationale au nom de la défense des Banyamulenge (des Tutsis rwandophones) des deux Kivu.
"Il faut l'inciter à entamer le processus (de brassage)" au sein de l'armée, a expliqué M. De Gucht en se disant favorable au renforcement des sanctions économiques et financières contre le CNDP. Il s'est ainsi dit favorable au renforcement du contrôle de l'exploitation de ces richesses, ainsi que des aéroports de l'est congolais - qu'utilisent de petits avions impliqués dans de nombreux trafics.


