L'armée kényane a torturé plus de 4.000 personnes lors d'une opération lancée début mars dans la région du Mont Elgon (ouest) et visant le démantèlement d'une milice, selon un rapport publié lundi par une organisation kényane de défense des droits de l'Homme.
L'Unité médico-légale indépendante (IMLU) accuse l'armée d'avoir commis des abus systématiques lors de cette opération contre la milice de la Force de défense des terres des Sabaot (SLDF), accusée de la mort de plus de 600 personnes depuis décembre 2006 dans cette région où au moins 66.000 personnes ont également été déplacées.
Torture
Les militaires frappent leurs victimes, les forcent à se coucher, le ventre nu, sur des fils barbelés avant de leur marcher dessus, rapporte l'organisation installée à Nairobi. Des prisonniers ont également été victimes d'agressions sexuelles, de viols ou contraints de martyriser les parties génitales d'autres prisonniers.
"79% des victimes présumées ont été torturées sans interruption pendant plus d'une journée et 21% pendant deux à trois heures", détaille le rapport réalisé par des médecins et des avocats. "La nature systématique et l'ampleur des tortures visant une communauté spécifique relèvent du crime contre l'humanité", estime le rapport.
Caché
Les autorités kényanes ont tenu à l'écart de cette région médias et travailleurs humanitaires. "Cette opération témoigne d'un effort coordonné et couvert par tous les responsables sécuritaires et de l'administration, avec la complaisance (...) du président Mwai Kibaki et du Premier ministre Raila Odinga", accuse l'ONG.
Début avril, un collectif d'ONG de défense des droits de l'Homme avait déjà accusé l'armée et la SLDF "d'abus terrifiants, dont le meurtre, le viol et la torture de civils" au Mont Elgon. La SLDF réclame l'annulation d'un programme gouvernemental de redistribution des terres les conduisant à quitter leurs "terres ancestrales".
Le ministre kényan de la Défense a rejeté la semaine dernière ces "allégations de torture". Il a accusé la population de torturer des membres présumés de la SLDF avant de les confier aux forces de sécurité.
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