Des millions de sans-abri en Birmanie

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Par: rédaction
7/05/08 - 11h44

Des millions de personnes sont sans-abri en Birmanie après le passage du cyclone Nargis, a indiqué mercredi l'ONG Save the Children, très active dans le pays, alors que les autorités birmanes ont donné leur feu vert à un avion d'aide humanitaire de l'ONU.

41.000 disparus
Selon un bilan provisoire des autorités birmanes, le cyclone qui a ravagé de vastes régions du sud de la Birmanie le week-end dernier a fait 22.000 morts et 41.000 disparus. "Il y a 41.000 personnes disparues, mais de nombreuses personnes pensent que la plupart de ces 41.000 personnes sont mortes", a déclaré Andrew Kirkwood, directeur pour la Birmanie de Save the Children. "Et, clairement, il y a des millions de sans-abri mais, combien de millions, nous ne le savons pas", a-t-il dit au téléphone depuis Rangoun.

M. Kirkwood a ajouté que son organisation avait collecté des informations terribles du delta de l'Irrawaddy (sud-ouest), la région la plus affectée. "Une équipe a vu des milliers de morts dans une localité, avec des amas de corps en décomposition après le retrait de l'eau", a-t-il indiqué.

Aide humanitaire
Contre toute attente, le régime birman a donné son accord pour un vol transportant du matériel d'aide humanitaire et une première petite équipe du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). "Le vol devrait quitter Brindisi (Italie) aujourd'hui (mercredi) avec 25 tonnes de matériel et quelques personnes d'OCHA à bord", a indiqué la porte-parole de l'organisation, Elisabeth Byrs. "Nous espérons que cet esprit d'ouverture va se confirmer", a-t-elle commenté. Le lieu d'atterrissage de l'avion n'était pas encore précisé mercredi matin.

L'appareil transportera du matériel provenant de l'entrepôt de l'ONU à Brindisi, notamment des comprimés de purification d'eau, des générateurs électriques, des tentes, des bâches, du matériel de cuisine, des couvertures et des moustiquaires, a précisé Mme Byrs.

La Fédération internationale de la Croix-Rouge a quant à elle lancé un appel d'urgence en faveur des victimes, demandant près de 4 millions d'euros pour financer l'achat de fournitures de secours. Dans un communiqué, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a demandé 6,29 millions de francs suisses (3,86 millions d'euros) pour fournir aux personnes sinistrées des abris d'urgence, de l'eau, des moustiquaires et autres articles de première nécessité.

Référendum maintenu
Via la télévision d'Etat, les autorités birmanes ont fait état mardi de 21.793 morts et 40.695 disparus dans la région de l'Irrawaddy, la zone la plus touchée dans le sud-ouest, et de 671 morts et 359 disparus dans celle de Rangoun, la plus grande ville du pays, un peu plus à l'est.

Mais malgré l'ampleur de la catastrophe, les autorités birmanes ont maintenu un référendum prévu samedi sur une nouvelle Constitution, sauf dans 47 localités affectées par le cyclone. Le scrutin doit théoriquement ouvrir la voie à des élections multipartites à l'horizon 2010.

Le parti de l'opposante birmane Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a jugé "totalement inacceptable" cette position, dénonçant un manque de "respect pour les difficultés auxquelles la population est confrontée" et l'absence d'une "aide efficace aux victimes". L'envoyé spécial de l'Union européenne pour la Birmanie, l'Italien Pietro Fassino a estimé pour sa part qu'il serait "sage" de reporter la consultation dans le pays tout entier.

La polémique sur l'opportunité de maintenir le referendum est intervenue alors que les services météorologiques indiens ont affirmé avoir averti la Birmanie de l'arrivée du cyclone 48 heures avant qu'il ne s'abatte sur le pays, suffisamment tôt, selon eux, "pour prendre des mesures de précaution telles que l'évacuation". "Vu le nombre de morts, cela laisse à penser qu'un système d'alerte précoce n'a pas été mis en place", a renchéri depuis Genève Brigitte Léoni, porte-parole du Secrétariat de l'ONU pour la prévention des catastrophes (SIPC).

Appels à la junte
Les appels à la junte birmane se sont aussi multipliés pour qu'elle laisse la communauté internationale venir en aide aux sans-abri. Le président George W. Bush s'est dit prêt à envoyer des moyens de l'US Navy dans le pays, l'un des plus pauvres et isolés du monde. Mais "pour cela, la junte militaire doit permettre à nos équipes d'évaluation de venir", a-t-il déclaré. Un porte-parole du Pentagone a indiqué mardi qu'un navire de combat américain l'USS Essex, qui se trouve au large des côtes de Thaïlande pourrait être utilisé pour des opérations d'aide humanitaire tandis que la Maison Blanche a annoncé l'octroi d'une aide de 3 millions de dollars à la Birmanie.

Le gouvernement britannique a annoncé de son côté avoir débloqué 5 millions de livres (6,3 millions d'euros) en aide humanitaire qui serait acheminée via les Nations unies. Plusieurs autres pays ont offert leur aide, l'Union européenne a enjoint les autorités birmanes à "faire tous les efforts possibles pour coopérer" avec les organisations humanitaires et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a promis que l'organisation mondiale ferait tout ce qui est nécessaire pour apporter une aide d'urgence.

La junte au pouvoir a elle-même accepté l'idée d'une aide internationale tout en y mettant des conditions, notamment en obligeant les "experts étrangers à négocier avec le ministère des Affaires étrangères et les plus hautes instances" du pays. De nombreuses équipes d'humanitaires étaient toujours en attente de visa mardi soir.

10.000 morts à Bogolay
Rien qu'à Bogalay, une ville située au coeur du delta de l'Irrawaddy, les autorités birmanes ont recensé environ 10.000 morts. 95% des habitations y auraient été détruites. Selon Maung Maung Swe, la plupart des 190.000 habitants de la ville sont sans abri depuis que Nargis a frappé le delta, région rizicole la plus importante de Birmanie où vivent 24 millions de personnes, soit près de la moitié de la population.

Des images satellitaires de la NASA ont montré de vastes étendues de champs inondés et Rangoun entourée par les eaux. Tout le delta a été dévasté, selon les prises de vue de la télévision d'Etat birmane: des bateaux ont été emportés, des maisons détruites et d'énormes arbres déracinés.

Le cyclone Nargis, qui venait du Golfe du Bengale avec des rafales de vent atteignant 200 km/h, a frappé de plein fouet l'Irrawaddy tard vendredi soir avant de poursuivre sa progression vers l'est samedi. Des équipes des Nations unies ont inspecté certains des secteurs les plus touchés, mais la distribution des secours constituera "un défi majeur", a estimé Richard Horsey, un porte-parole des Nations Unies à Bangkok en précisant que "les besoins les plus pressants concernent la fourniture d'abris et d'eau".

Les autorités birmanes ont toutefois levé l'état de catastrophe naturelle dans trois des cinq grandes régions administratives touchées par le cyclone. (afp)

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