Les Birmans votent malgré les ravages de Nargis
Malgré de nombreux appels à reporter le scrutin, le régime militaire birman a organisé samedi un référendum pour faire approuver une nouvelle Constitution une semaine après un cyclone dévastateur dans le sud qui a fait 60.000 morts ou disparus et 1,5 million de sinistrés. Selon le dernier bilan officiel, le cyclone Nargis a fait quelque 23.000 morts et 37.000 disparus. Mais des diplomates occidentaux à Rangoun n'ont pas exclu un bilan supérieur à 100.000 morts.
Ce scrutin - le premier en Birmanie depuis 18 ans - a été repoussé au 24 mai dans les zones les plus affectées de la région de l'Irrawaddy, ainsi qu'à Rangoun, mais il a été maintenu partout ailleurs. Des opérations électorales ont commencé à l'aube souvent dans des écoles transformées en bureaux de vote et, à Hlegu, localité au nord de Rangoun, ils étaient peu nombreux à avoir voté tôt dans la matinée, a constaté une journaliste de l'AFP.
A l'instar des Nations unies, le parti de l'opposante Aung San Suu Kyi avait pressé la junte de repousser le référendum et de donner la priorité à l'aide aux victimes du cyclone Nargis, mais les généraux au pouvoir sont allés de l'avant, ne reportant le scrutin que dans 47 municipalités.
L'aide d'urgence continue à arriver mais au compte-gouttes en raison de conditions posées par le régime qui refuse que les opérations de secours soient dirigées par des étrangers. L'ONU a lancé un appel de fonds de 187 millions de dollars pour venir en aide pendant six mois à la Birmanie, mais son secrétaire général, Ban Ki-moon, n'a toujours pas réussi à entrer en contact avec le numéro un birman, le généralissime Than Shwe, selon une source onusienne. Than Shwe, 75 ans, a finalement ignoré les demandes de report du référendum sur une nouvelle Constitution.
C'est la première fois que les Birmans sont appelés à voter depuis des élections législatives en mai 1990 qui avaient été très largement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi.
A l'époque, les militaires avaient refusé d'honorer les résultats et l'opposante, 62 ans, lauréate du prix Nobel de la paix, a été privée de liberté pendant la majeure partie des 18 dernières années.
Selon la junte, l'approbation de la Constitution ouvrira la voie à des "élections multipartites" en 2010 et à un "transfert de pouvoir" progressif aux civils, mais des dissidents estiment que le texte enracine au contraire la suprématie de l'armée, au pouvoir depuis 1962.
L'opposition n'a pas été associée au processus d'élaboration de la Constitution qui rendrait inéligible Mme Suu Kyi, au motif controversé qu'elle a été mariée à un étranger, le Britannique Michael Aris, décédé d'un cancer en 1999.
Alors que les organes d'informations officiels ont puissamment relayé la campagne des généraux en faveur du "oui", l'opposition, qui a appelé à voter "non", n'a pas eu accès aux médias et une loi promulguée en février sur l'organisation du référendum menaçait de prison toute personne distribuant des tracts hostiles au scrutin.
Samedi, le régime militaire n'avait toujours pas fait connaître le nombre total d'électeurs convoqués aux urnes. (afp)