L'organisation indépendantiste basque ETA a perpétré lundi un nouvel attentat puissant au Pays Basque espagnol (nord), sans faire de victime, à la veille d'une importante réunion à Madrid sur l'avenir institutionnel de cette prospère région autonome.
Une fourgonnette piégée avec 60 kilos d'explosif a fait d'importants dégâts dans la nuit sur le port de Getxo, banlieue chic de Bilbao, cinq jours après un attentat meurtrier contre une caserne de la garde civile à Legutiano (nord).
Cet attentat, précédé d'un appel d'avertissement anonyme au nom de l'ETA, intervient alors que le chef du gouvernement régional basque, le nationaliste Juan José Ibarretxe devait défendre mardi à Madrid sa "feuille de route" souverainiste auprès du chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero. "
"Vous ne résoudrez rien sans nous"
A quelques heures de la réunion entre Zapatero et Ibarretxe, l'ETA cherche à dire: "Parlez tant que vous voulez mais vous ne résoudrez rien sans nous", commente le directeur de l'agence de presse basque Vasco Press, Florencio Dominguez. Avec deux puissants attentats à la camionnette piégée en quelques jours, l'ETA cherche à montrer ses muscles, ce qui fait partie de la "règle du jeu pour une organisation terroriste qui veut être prise en compte", ajoute le M. Dominguez.
L'ETA tenue pour responsable de la mort de plus de 820 personnes en 40 ans de lutte pour l'indépendance du Pays Basque, a rompu en juin 2007 un "cessez-le-feu permanent" après l'échec d'une tentative de fin négociée du "conflit basque" par le gouvernement socialiste espagnol.
Depuis, l'organisation clandestine a perpétré une vingtaine d'attentats, tuant à quatre reprises, en particulier un ex-conseiller municipal socialiste deux jours avant les législatives de mars, puis, la semaine passée, un garde civil dans l'attentat à la camionnette piégée de Legutiano. L'ETA qui figure sur la liste des organisations terroristes de l'UE, a pourtant subi ces derniers mois des coups policiers très durs, en particulier le démantèlement de sa "fabrique" de bombes à Cahors (sud de la France), en septembre.
Une seule équipe à l'origine de 80% des actions
Les deux dernières actions au véhicule piégée serait l'indice que le groupe dispose à nouveau "d'une structure centralisée opérant en France pour fournir des véhicules piégés prêts à l'emploi", estime M. Dominguez. En revanche, l'enchaînement d'attentats n'est sans doute pas le signe d'une multiplication des commandos. Une seule équipe de l'ETA serait à l'origine de 80% des actions commises depuis juillet alors que le groupe comptait une douzaine de commandos au sortir de la précédente trêve en 2000, selon M. Dominguez.
Dans son dernier communiqué, diffusé le 9 mai, le groupe indépendantiste s'en était pris au Parti socialiste espagnol (PSOE) et au Parti nationaliste basque (PNV), accusés de vouloir "imposer" au Pays Basque "un nouveau pacte d'autonomie".
Selon l'ETA, le chef du gouvernement régional, M. Ibarretxe (PNV) prépare avec Madrid une simple "rénovation" de l'actuel statut d'autonomie, ce qui irait à l'encontre de son idéal de "grand Pays Basque" indépendant, incluant Pays Basque espagnol, Navarre (région voisine en partie bascophone) et Pays Basque français.
M. Ibarretxe rencontrera mardi M. Zapatero pour déposer formellement son "offre", destinée à mettre fin au "problème de violence" et passant par une reconnaissance par Madrid du droit à l'auto-détermination pour les Basques, avec l'organisation de deux consultations populaires régionales d'ici 2010. M. Zapatero a déjà fait savoir qu'il rejetterait une telle offre qu'il considère comme non conforme à la constitution espagnole.(afp)


